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03 décembre 2008 |

Comprendre Spinoza

Blog spinoza Publié en 2006, Comprendre Spinoza de Hadi Rizk est réédité cette année dans la collection « Lire et comprendre » d’Armand Colin (254 p., 19,50 €). L’auteur, docteur en philosophie et professeur de classes préparatoires à Paris, établit une solide grille de lecture d’une philosophie réputée particulièrement difficile et exigeante, tendant aux structures de l’infini comme à la politique et au pouvoir. La réédition intègre de nouveaux éléments, notamment sur la question des sciences (biologie, sciences de l'esprit, linguistique, etc.).

L’introduction compare logiquement cette philosophie à celle de Descartes, son prédécesseur en métaphysique. Le philosophe des sciences Georges Canguilhem avait lui aussi, dans une conférence de 1980, confronté les philosophies de Descartes et de Spinoza en les rapprochant des formes d’engagement de leurs auteurs. Dans son introduction, Hadi Rizk évoque brièvement l’acte de courage politique de Spinoza protestant contre l’assassinat des frères de Witt par les émeutiers orangistes à La Haye 1672, à l’inverse de Georges Canguilhem qui en avait fait un ressort essentiel de sa philosophie de la liberté.

« Spinoza a pris parti publiquement pour le droit à la liberté de penser. Ami de Jean de Witt, Grand pensionnaire de Hollande, dont il partageait les convictions républicaines, il a été le témoin de son assassinat par des émeutiers orangistes, à la Haye, en 1672, quand les armées de Louis XIV ont envahi la Hollande. L’indignation et la douleur de Spinoza l’ont déterminé à sortir de son domicile pour apposer sur les murs de la ville un placard où il avait écrit : Ultimi barbarorum. On dit que son propriétaire dut user de violence pour le retenir.

En somme, cette philosophie qui réfute et refuse les fondements de la philosophie cartésienne, le cogito, la liberté en Dieu et en l’homme, cette philosophie sans sujet, plusieurs fois assimilée à un système matérialiste, cette philosophie vécue par le philosophe qui l’a pensée a imprimé à son auteur le ressort nécessaire pour s’insurger contre le fait accompli. D’un tel pouvoir de ressort, la philosophie doit rendre compte. » Georges Canguilhem poursuit : « A première vue, on pourrait penser que Spinoza a commis une erreur. Celle de croire que les barbares qu’il dénonçait publiquement étaient les derniers. Mais il savait le latin et il a voulu dire : les plus récents, les derniers en date.

Par conséquent, les philosophes d’aujourd’hui, quelle que soit leur ligne de recherche, spinoziste ou cartésienne, sont assurés de ne pas manquer d’occasions ou de raisons pour aller, à leurs risques, en un geste d’engagement contrôlé par leur cerveau, inscrire sur les murs, remparts ou clôtures : Ultimi barbarorum. » (in Georges Canguilhem, « Le cerveau et la pensée » [1980], in Georges Canguilhem. Philosophe, historien des sciences, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque du Collège international de philosophie », 1993, pp. 30-32).

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