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24/05/2009 | 

Météo climatique à Copenhague

Encore sept mois avant la grande conférence de l’ONU sur le climat à Copenhague (la "Conférence des Parties" ou COP15, dans l’inimitable jargon onusien,). Mais dans la capitale danoise, on s’y croit déjà ! « Obama va venir en décembre », me jure le chauffeur de taxi, relayant la rumeur qui bruisse dans la ville. Copenhague s'est déjà mise à l’heure climatique puisqu’elle accueille ces jours-ci le « world business summit on climate change », une sorte de Davos entrepreneurial dédié aux grands problèmes mondiaux. Tous les « beautiful people » du changement climatique sont annoncés, notamment Al Gore et R.K. Pachauri (GIEC). José Manuel Barroso, de la Commission européenne fera une apparition . Et surtout, les dirigeants des grandes compagnies productrices et consommatrices d’énergies (venus de Chine, des Etats-Unis, des pays du Golfe, de l’Europe) vont s’y retrouver pour parler « green business ». C’est bien dommage, ces rencontres-là sont fermées à la presse…

Aline Richard

21/05/2009 | 

Grève à l'université

L'ensemble des professeurs de l'université ont cessé le travail pendant 7 semaines. Aucun cours n'a été donné. Ils n'ont repris le travail, fin avril,qu'après avoir obtenu des augmentations de salaires, et, surtout, près de 150 créations de postes dans les 4 ans à venir.

Ne cherchez pas, il ne s'agit pas de Paris 4, Toulouse 3 ou Montpellier 2. L'université dont il est question est autonome depuis bien longtemps, puisqu'il s'agit de l'Université du Québec à Montréal.C'est Yves Gingras, professeur dans cette université, et auteur d'un article du numéro de mai de La Recherche intitulé "Le classement de Shangaï n'est pas scientifique", qui m'a raconté cette histoire édifiante. Au Canada, la grève votée par une majorité de professeurs s'applique à tous, sans dérogation : pas de cours. Et, bien entendu, pas de salaire non plus. Un système de caisse syndicale permet à ceux qui viennent assurer le piquet de grève d'être indemnisés (à un niveau à peu près égal au salaire pour les professeur assistants, la moitié environ pour les professeurs).

Les motivations de ces professeurs? On les trouve bien expliquées, avec les étapes de la grève ici. Je cite tout de même leur résumé :
En d’autres termes, l’administration peut nous imposer des conditions de travail qui nous empêcheraient d’accomplir correctement notre mission d’enseignement,  de recherche / création et de services à la collectivité.

Ca ne vous rappelle rien?

Luc Allemand

20/05/2009 | 

Une messe chimique

« Vous êtes venu à la messe! », me lance un directeur de laboratoire du CNRS. Si on veut : les principaux responsables de la chimie française étaient réunis en ce lundi 18 mai en leur cathédrale, la Maison de la chimie à Paris. Mais je ne filerai pas la métaphore, car il me faudrait nommer les prêtres, les évêques... et parce que ce à quoi j'ai assisté s'apparentait plutôt à un concile réformateur. L'objet de la réunion, initiée en particulier par Gérard Férey, de l'Académie des sciences : lancer une initiative commune aux milieux académiques et industriels pour promouvoir l'image de la chimie dans la société française.

Et il y a du travail : selon un sondage réalisé en 2006 pour le Cefic, l'organisation européenne représentant l'industrie chimique, l'image de cette industrie est négative pour 66% de nos concitoyens ; c'est le second plus mauvais score en Europe, juste devant la Suède. Un directeur d'école supérieure de chimie m'a confirmé que les choses n'avaient guère changé depuis mon passage en classe préparatoire : les élèves qui se dirigent vers ces écoles ne sont pas, de façon générale, les plus brillants. Pire, selon lui, les lycéens lauréats des Olympiades de chimie ne choisiraient pas non plus de s'orienter dans cette filière!

La préparation de l'année internationale de la chimie, prévue pour 2011, était donc une occasion rêvée pour fédérer l'Institut de Chimie du CNRS, la Société chimique de France, la fédération Gay-Lussac, l'Union des industries chimiques, la Fédération française pour les sciences de la chimie et la fondation de la Maison de la chimie. Après un après-midi consacré à plusieurs tables-rondes, où chercheurs, industriels et hommes politiques ont débattu de l'importance de la chimie et la façon dont elle pourrait être plus visible dans la société, les représentants de ces organismes ont signé un texte intitulé : "La chimie, une ambition pour la France et l'Europe". En principe, il est visible à www.ambitionchimie.eu. A l'heure où j'écris, ce site ne présente encore qu'une page blanche (rectificatif mercredi soir : on peut télécharger le texte au format PDF sur le site). Rome ne s'est pas faite en un jour.
Luc Allemand

16/05/2009 | 

Deux billets pour le Caire

Plus de 13 000 étudiants en France et près de 300 000 dans le monde ont participé cette année à la compétition « Imagine Cup » organisé et sponsorisé par Microsoft. La finale française s’est déroulée ce jeudi 14 mai en haut de la Tour Eiffel. Les projets avaient pour enjeu cette année de s’inscrire dans l’un des 8 objectifs du Millénaire pour le Développement.

Sur 9 projets français pré-sélectionnés dans les catégories « Conception de logiciel » et « Développement embarqué », seuls deux se rendront à la finale mondiale au Caire en juillet prochain. Les deux gagnants sont :

1) Help’Aged, un projet porté par l’équipe Supinfo pour un logiciel de service à la personne âgée ou dépendante.

2) S.W.E.E.T. de l’équipe ESIEA, dispositif permettant aux fauteuils roulants motorisés d’escalader les obstacles du quotidien en toute sécurité.

A noter un projet arrivé en seconde position ( et qui n’ira donc pas au Caire !) : la conception d’une plateforme internet pour étudier les colonies d’abeilles et l’impact de l’environnement sur leur santé, avec en toile de fond l’idée de mieux comprendre la question de leur disparition. Rien de telle qu’une vidéo amateur pour mesurer l’angoisse et l’enthousiasme des étudiants lors de la finale de jeudi dernier :

Bon évidemment, je tire mon chapeau à Microsoft pour cette jolie opération de communication.

Sylvie Gruszow

15/05/2009 | 

Un robot à l’école

Elle s’appelle Saya. Elle ressemble à Michael Jackson et elle est maîtresse dans une école primaire de Tokyo. Jusque là rien d’extraordinaire. Sauf que Saya est un robot, le fruit de quinze ans de recherche du professeur Hiroshi Koyabahi de l’Université de Tokyo. Après avoir travaillé comme réceptionniste à l’université, Saya vient de se reconvertir en professeur des Ecoles. Chez les robots aussi, la mobilité est de mise. Et l’ascenseur social fonctionne encore ! Saya est polyglotte, elle sait faire l’appel des élèves, leur donner des exercices à faire en rapport avec leurs livres de classe et s’énerver si les élèves se conduisent mal. Mais aura-t-elle jamais l’autorité, l’influence et l’intelligence des véritables enseignants ? A l’heure où ces derniers ont bien du mal à se faire respecter dans leurs classes, il semblerait à voir cette vidéo que Saya n’en soit guère plus capable…

Marie-Laure Théodule

13/05/2009 | 

Hadopi : une loi absurde

La loi Hadopi est donc en train de passer. Le Sénat a adopté, en fin de matinée, le projet de loi relatif à la diffusion et à la protection de la création sur Internet à une très large majorité : 189 voix pour, 14 voix contre, les sénateurs socialistes s’abstenant. Quel est le but poursuivi ? L'idée est que les internautes, par la peur du gendarme, vont massivement arrêter de télécharger sur les réseaux de pair à pair et vont se ruer dans les magasins réels et virtuels pour l'achat et la location. Ainsi, l'argent retournerait massivement aux producteurs.

Pour attiser cette peur du gendarme les parlementaires ont sorti les grands moyens puisqu'ils vont créer un nouvel organisme chargé des contrôles, indépendant du système judiciaire. De façon imagée, c'est comme si l'on décidait de répondre au vol à l'étalage en autorisant un collectif de politiques et d'industriels de couper les mains des présumés coupables, sans recours possible auprès d'une justice démocratique.

On peut discuter longtemps du caractère applicable ou non de la loi. En revanche, on peut prédire deux conséquences certaines :

- les grands clients des réseaux p2p (dont on pense qu'ils sont aussi les plus gros acheteurs par ailleurs) vont se tourner vers des solutions alternatives à la mule ou aux torrents. Le hic, c'est qu'il s'agira essentiellement de solutions payantes. En termes simples, les grands téléchargeurs vont maintenant débourser 5 à 10 dollars par mois pour continuer à profiter de l'accès massif à la culture qu'offre internet. Dommage, voilà 5 à 10 dollars qui vont aller directement vers des paradis fiscaux au lieu d'aller à la création. En effet, les sites de téléchargement direct ou les serveurs de newsgroups sont en règle générale localisés dans des contrées où ils sont à l’abri de toute poursuite judiciaire sur le contenu qu’ils hébergent. De la loi création-internet, on peut déjà donc rayer la mention création.

- les promoteurs de contenus illégaux et surtout moralement condamnables (films pédopornographiques, cours de fabrications de bombes, fichiers de données bancaires, etc.) seront contraints de se professionnaliser davantage pour ne pas se faire repérer. Dommage, car les services de police mènent leur recherches par l'identification des adresses IP. Leur principale arme va donc devenir obsolète. De la loi création-internet, on peut donc rayer maintenant la mention internet, en tant que plus grande invention sociale depuis l'imprimerie.

Les parlementaires ont donc réussi à imposer une loi qui non seulement ne sera pas efficace mais en plus aura à très court terme (c'est-à-dire avant même son application), l'effet inverse de celui recherché. Ce sont hélas les artistes qui vont être les premiers à souffrir de l’incompétence et de la démagogie des parlementaires. Quant aux maisons de disques et aux producteurs cinématographiques, ils vont continuer à mourir à petit feu.

Le monde technologique change décidément trop vite pour les acteurs du monde d'hier... Et l'absurdité de cette loi n'a pas fini d'être commentée.

Mathieu Nowak

Une idée reçue sur maladies et climat

Je rencontre Renaud Lancelot, épidémiologiste au Cirad, venu présenter le projet européen « Eden » à la conférence « Research Connection » qui s¹est achevée vendredi dernier à Prague. « Eden » se préoccupe de ces maladies transmises par de petits animaux (moustiques, tiques, rongeurs), vecteurs d¹infections. Elles progressent partout, dans le monde et en Europe (plusieurs milliers de cas par an). Mais contrairement à une idée reçue tenace, le réchauffement climatique est loin d¹être le seul responsable. « Les comportements humains et les facteurs socio-économiques sont prédominants dans le cas de l¹encéphalite transmise par les tiques, une plaie en Europe centrale et orientale », explique Lancelot. Dans ces pays en crise économique, on gagne de l¹argent en récoltant en forêt des champignons et des baies. Les tiques s¹attaquent aux glaneurs et la prévalence de l¹encéphalite progresse fortement.

Aline Richard

Pour en savoir plus : http://www.eden-fp6project.net/

07/05/2009 | 

Le « capitalisme distribué » de Jeremy Rifkin

Ce matin, l’Europe se sent pousser des ailes. Elle a organisé à Prague un de ces sommets institutionnels dont elle a le secret : « Research Connection 2009», où comment manier au mieux l’arme de la recherche-développement pour sortir de la crise. 2000 participants, un dispositif de sécurité impressionnant, et, derrière les baies vitrées du palais des Congrès, les tours élégantes de Prague, «cité dorée de la science », nous dit, un brin lyrique, le commissaire européen Janez Potocnik. L’ouverture revient à Jeremy Rifkin, économiste et essayiste.

Difficile d’être plus europhile que l’Américain Rifkin. Certes, il soutient Obama, mais il considère que, nous, Européens, devons écrire l’histoire d’une nouvelle « troisième révolution industrielle » tournée vers les nouvelles énergies. Révolution verte et démocratique. Capitaliste, certes, mais « distribuée ». Distribuée ? C’est sa grande idée. Mettre à bas tout ce qui est « Top-Down ». Marier les énergies renouvelables aux réseaux de communications et diffuser ce modèle dans tous les domaines de l’économie. Un exemple ? Votre immeuble, producteur net d’énergie. A l’intérieur, votre cuisine aux appareils branchés sur le réseau pour que la machine à laver profite des meilleurs prix sur le marche libre de l’électricite. Vous souriez ? Moi aussi. Surtout que Rifkin n’hésite pas une seconde a prédire la disparition prochaine d’Homo Sapiens sur une planète chauffée à blanc si ses conseils ne sont pas suivis. Mais ses idées n’en sont pas moins stimulantes. On devrait en débattre au prochain sommet climat, à Copenhague.

Pour télécharger la vidéo de Jeremy Rifkin cliquez sur le lien suivant :

http://dl.free.fr/getfile.pl?file=/FMKO9v1N

Aline Richard
04/05/2009 | 

Le solaire à l'honneur

Depuis 2006, l'Office européen des brevets décerne des prix de "l'inventeur de l'année", en lien avec la Commission européenne. Quatre prix cette année, pour la quatrième édition. L'un d'entre eux a particulièrement attiré mon attention : celui décerné à l'allemand Adolf Goetzberger « pour l'ensemble de sa carrière ».

Qu'a-t-il donc fait de si remarquable? Physicien du solide, il a commencé à travailler à Munich sous la direction de Walther Gerlach (celui de l'expérience de Stern et Gerlach qui a mis en évidence la quantification du spin), puis de William Shockley (prix Nobel de physique en 1956 pour l'invention du transistor), aux Etats-Unis. Mais surtout, en 1981, Goetzberger a convaincu l'Institut Fraunhofer, organisme allemand qui se consacre à la recherche appliquée, de créer un institut consacré aux systèmes pour l'énergie solaire, institut qu'il a dirigé jusqu'en 1993. Il y a en particulier travaillé sur les concentrateurs solaires (pour optimiser la lumière qui arrive sur les photopiles), et sur un projet de maison individuelle "zéro énergie", totalement autonome du point de vue énergétique.

Le jury des prix de l'inventeur de l'année semble préoccupé de façon générale par les questions d'énergie, puisque dans la catégorie "PME", il a distingué le français Joseph Le Mer qui, avec l'entreprise Gianonni-France, installée à Morlaix, a mis au point et commercialisé un nouveau type d'échangeur de chaleur.

Luc Allemand

06/04/2009 | 

Noms impropres

Un télescopage intéressant s'est produit ces jours-ci à La Recherche. Le numéro du mois d'avril, en vente en kiosques actuellement, s'intéresse à l'avenir des langues, notamment avec un article intitulé "En Europe, l'anglais gagne du terrain".

Dans le même temps, nous mettons la dernière main au numéro de mai, et notamment à un article sur l'évaluation de la science. Ce dernier mentionne, au détour d'une phrase, le "classement de Leiden" des universités. Moins connu que le classement de Shanghai, il n'est pas plus scientifiquement fondé nous écrit l'auteur. Mais là n'est pas le point : cherchez la ville de Leiden dans un dictionnaire français, elle n'existe pas.

En français, on écrit Leyde ! Quiconque a suivi quelques études scientifiques a entendu parler de sa célèbre bouteille (dont il vaut mieux ne pas boire le contenu, puisqu'il s'agit d'une sorte de condensateur électrique). Et quiconque lira la page 28 du numéro de mai de La Recherche y verra la mention d'un mathématicien de l'université de Leyde. Le dilemme que nous avons rencontré est le suivant : faut-il écrire "classement de Leyde", graphie correcte mais inutilisée dans ce contexte (1 occurrence sur Google) ; ou bien "classement de Leiden", incorrect mais utilisé partout (plus de 100 occurrences sur Google).

Nous avons opté pour la deuxième solution, au risque d'être traités de lâches par les défenseurs de la langue française. Mais je m'interroge : si le classement émanait de l'université de Barcelone (Barcelona), de Lisbonne (Lisboa), de Copenhague (Kobenhavn) ou de Londres (London), les universitaires et les politiques qui le mentionneraient garderaient-ils le nom de la ville dans sa langue d'origine ? Après tout, on pourrait aussi parler du "classement de Chang-Hai", cela ferait plus chic!

Luc Allemand