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mai 2009

28/05/2009

Pan sur la pipette

Quand il fait erreur, Le Canard Enchaîné s'inflige à lui-même un "pan sur le bec" bien senti. C'est mon tour. Va pour un "pan sur la pipette" : dans l'éditorial du dernier numéro de La Recherche, j'ai évoqué le départ de l'Autriche des instances du CERN à Genève et déploré le symbole négatif pour la science européenne. Las ! Quelques jours après l'annonce du retrait par le ministre autrichien de la recherche, le Chancelier déclarait la décision nulle et non avenue. Les physiciens autrichiens se sont réjouis mais La Recherche, elle, était partie à l'imprimerie. Avec la quote-part de Vienne, CERN va pouvoir poursuivre sereinement ses préparatifs pour le redémarrage du LHC. Espérons un futur "bang" sur le Boson de Higgs. 

Aline Richard
24/05/2009

Marée montante

Ce dimanche, au "Word business summit" de Copenhague sur le changement climatique, les industriels sont l'objet de toutes les attentions. Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis et "guest star" du sommet, veut qu'ils deviennent les plus fringants des lobbyistes pour amener les Etats à agir contre le réchauffement. Business oblige : les investissements verts, répète-t-on au sommet, crééront les profits et les emplois de demain. En attendant, c'est le bon moment pour les compagnies de communiquer sur la question. Comme le Français Alstom qui annonce ce jour ce qui, je crois, est la première prise de participation importante dans un projet d'énergie marémotrice. Il s'agit d'un accord de licence exclusif avec la société canadienne Clean Current Power Systems qui a imaginé et mise en oeuvre une  turbine sous-marine fonctionnant  dans les deux sens de la marée pour une meilleure efficacité. Le prototype vient d'être installé dans les eaux canadiennes et la commercialisation annoncée pour 2012.

Aline Richard

Météo climatique à Copenhague

Encore sept mois avant la grande conférence de l’ONU sur le climat à Copenhague (la "Conférence des Parties" ou COP15, dans l’inimitable jargon onusien,). Mais dans la capitale danoise, on s’y croit déjà ! « Obama va venir en décembre », me jure le chauffeur de taxi, relayant la rumeur qui bruisse dans la ville. Copenhague s'est déjà mise à l’heure climatique puisqu’elle accueille ces jours-ci le « world business summit on climate change », une sorte de Davos entrepreneurial dédié aux grands problèmes mondiaux. Tous les « beautiful people » du changement climatique sont annoncés, notamment Al Gore et R.K. Pachauri (GIEC). José Manuel Barroso, de la Commission européenne fera une apparition . Et surtout, les dirigeants des grandes compagnies productrices et consommatrices d’énergies (venus de Chine, des Etats-Unis, des pays du Golfe, de l’Europe) vont s’y retrouver pour parler « green business ». C’est bien dommage, ces rencontres-là sont fermées à la presse…

Aline Richard

21/05/2009

Grève à l'université

L'ensemble des professeurs de l'université ont cessé le travail pendant 7 semaines. Aucun cours n'a été donné. Ils n'ont repris le travail, fin avril,qu'après avoir obtenu des augmentations de salaires, et, surtout, près de 150 créations de postes dans les 4 ans à venir.

Ne cherchez pas, il ne s'agit pas de Paris 4, Toulouse 3 ou Montpellier 2. L'université dont il est question est autonome depuis bien longtemps, puisqu'il s'agit de l'Université du Québec à Montréal.C'est Yves Gingras, professeur dans cette université, et auteur d'un article du numéro de mai de La Recherche intitulé "Le classement de Shangaï n'est pas scientifique", qui m'a raconté cette histoire édifiante. Au Canada, la grève votée par une majorité de professeurs s'applique à tous, sans dérogation : pas de cours. Et, bien entendu, pas de salaire non plus. Un système de caisse syndicale permet à ceux qui viennent assurer le piquet de grève d'être indemnisés (à un niveau à peu près égal au salaire pour les professeur assistants, la moitié environ pour les professeurs).

Les motivations de ces professeurs? On les trouve bien expliquées, avec les étapes de la grève ici. Je cite tout de même leur résumé :
En d’autres termes, l’administration peut nous imposer des conditions de travail qui nous empêcheraient d’accomplir correctement notre mission d’enseignement,  de recherche / création et de services à la collectivité.

Ca ne vous rappelle rien?

Luc Allemand

20/05/2009

Une messe chimique

« Vous êtes venu à la messe! », me lance un directeur de laboratoire du CNRS. Si on veut : les principaux responsables de la chimie française étaient réunis en ce lundi 18 mai en leur cathédrale, la Maison de la chimie à Paris. Mais je ne filerai pas la métaphore, car il me faudrait nommer les prêtres, les évêques... et parce que ce à quoi j'ai assisté s'apparentait plutôt à un concile réformateur. L'objet de la réunion, initiée en particulier par Gérard Férey, de l'Académie des sciences : lancer une initiative commune aux milieux académiques et industriels pour promouvoir l'image de la chimie dans la société française.

Et il y a du travail : selon un sondage réalisé en 2006 pour le Cefic, l'organisation européenne représentant l'industrie chimique, l'image de cette industrie est négative pour 66% de nos concitoyens ; c'est le second plus mauvais score en Europe, juste devant la Suède. Un directeur d'école supérieure de chimie m'a confirmé que les choses n'avaient guère changé depuis mon passage en classe préparatoire : les élèves qui se dirigent vers ces écoles ne sont pas, de façon générale, les plus brillants. Pire, selon lui, les lycéens lauréats des Olympiades de chimie ne choisiraient pas non plus de s'orienter dans cette filière!

La préparation de l'année internationale de la chimie, prévue pour 2011, était donc une occasion rêvée pour fédérer l'Institut de Chimie du CNRS, la Société chimique de France, la fédération Gay-Lussac, l'Union des industries chimiques, la Fédération française pour les sciences de la chimie et la fondation de la Maison de la chimie. Après un après-midi consacré à plusieurs tables-rondes, où chercheurs, industriels et hommes politiques ont débattu de l'importance de la chimie et la façon dont elle pourrait être plus visible dans la société, les représentants de ces organismes ont signé un texte intitulé : "La chimie, une ambition pour la France et l'Europe". En principe, il est visible à www.ambitionchimie.eu. A l'heure où j'écris, ce site ne présente encore qu'une page blanche (rectificatif mercredi soir : on peut télécharger le texte au format PDF sur le site). Rome ne s'est pas faite en un jour.
Luc Allemand

16/05/2009

Deux billets pour le Caire

Plus de 13 000 étudiants en France et près de 300 000 dans le monde ont participé cette année à la compétition « Imagine Cup » organisé et sponsorisé par Microsoft. La finale française s’est déroulée ce jeudi 14 mai en haut de la Tour Eiffel. Les projets avaient pour enjeu cette année de s’inscrire dans l’un des 8 objectifs du Millénaire pour le Développement.

Sur 9 projets français pré-sélectionnés dans les catégories « Conception de logiciel » et « Développement embarqué », seuls deux se rendront à la finale mondiale au Caire en juillet prochain. Les deux gagnants sont :

1) Help’Aged, un projet porté par l’équipe Supinfo pour un logiciel de service à la personne âgée ou dépendante.

2) S.W.E.E.T. de l’équipe ESIEA, dispositif permettant aux fauteuils roulants motorisés d’escalader les obstacles du quotidien en toute sécurité.

A noter un projet arrivé en seconde position ( et qui n’ira donc pas au Caire !) : la conception d’une plateforme internet pour étudier les colonies d’abeilles et l’impact de l’environnement sur leur santé, avec en toile de fond l’idée de mieux comprendre la question de leur disparition. Rien de telle qu’une vidéo amateur pour mesurer l’angoisse et l’enthousiasme des étudiants lors de la finale de jeudi dernier :

Bon évidemment, je tire mon chapeau à Microsoft pour cette jolie opération de communication.

Sylvie Gruszow

15/05/2009

Un robot à l’école

Elle s’appelle Saya. Elle ressemble à Michael Jackson et elle est maîtresse dans une école primaire de Tokyo. Jusque là rien d’extraordinaire. Sauf que Saya est un robot, le fruit de quinze ans de recherche du professeur Hiroshi Koyabahi de l’Université de Tokyo. Après avoir travaillé comme réceptionniste à l’université, Saya vient de se reconvertir en professeur des Ecoles. Chez les robots aussi, la mobilité est de mise. Et l’ascenseur social fonctionne encore ! Saya est polyglotte, elle sait faire l’appel des élèves, leur donner des exercices à faire en rapport avec leurs livres de classe et s’énerver si les élèves se conduisent mal. Mais aura-t-elle jamais l’autorité, l’influence et l’intelligence des véritables enseignants ? A l’heure où ces derniers ont bien du mal à se faire respecter dans leurs classes, il semblerait à voir cette vidéo que Saya n’en soit guère plus capable…

Marie-Laure Théodule

13/05/2009

Hadopi : une loi absurde

La loi Hadopi est donc en train de passer. Le Sénat a adopté, en fin de matinée, le projet de loi relatif à la diffusion et à la protection de la création sur Internet à une très large majorité : 189 voix pour, 14 voix contre, les sénateurs socialistes s’abstenant. Quel est le but poursuivi ? L'idée est que les internautes, par la peur du gendarme, vont massivement arrêter de télécharger sur les réseaux de pair à pair et vont se ruer dans les magasins réels et virtuels pour l'achat et la location. Ainsi, l'argent retournerait massivement aux producteurs.

Pour attiser cette peur du gendarme les parlementaires ont sorti les grands moyens puisqu'ils vont créer un nouvel organisme chargé des contrôles, indépendant du système judiciaire. De façon imagée, c'est comme si l'on décidait de répondre au vol à l'étalage en autorisant un collectif de politiques et d'industriels de couper les mains des présumés coupables, sans recours possible auprès d'une justice démocratique.

On peut discuter longtemps du caractère applicable ou non de la loi. En revanche, on peut prédire deux conséquences certaines :

- les grands clients des réseaux p2p (dont on pense qu'ils sont aussi les plus gros acheteurs par ailleurs) vont se tourner vers des solutions alternatives à la mule ou aux torrents. Le hic, c'est qu'il s'agira essentiellement de solutions payantes. En termes simples, les grands téléchargeurs vont maintenant débourser 5 à 10 dollars par mois pour continuer à profiter de l'accès massif à la culture qu'offre internet. Dommage, voilà 5 à 10 dollars qui vont aller directement vers des paradis fiscaux au lieu d'aller à la création. En effet, les sites de téléchargement direct ou les serveurs de newsgroups sont en règle générale localisés dans des contrées où ils sont à l’abri de toute poursuite judiciaire sur le contenu qu’ils hébergent. De la loi création-internet, on peut déjà donc rayer la mention création.

- les promoteurs de contenus illégaux et surtout moralement condamnables (films pédopornographiques, cours de fabrications de bombes, fichiers de données bancaires, etc.) seront contraints de se professionnaliser davantage pour ne pas se faire repérer. Dommage, car les services de police mènent leur recherches par l'identification des adresses IP. Leur principale arme va donc devenir obsolète. De la loi création-internet, on peut donc rayer maintenant la mention internet, en tant que plus grande invention sociale depuis l'imprimerie.

Les parlementaires ont donc réussi à imposer une loi qui non seulement ne sera pas efficace mais en plus aura à très court terme (c'est-à-dire avant même son application), l'effet inverse de celui recherché. Ce sont hélas les artistes qui vont être les premiers à souffrir de l’incompétence et de la démagogie des parlementaires. Quant aux maisons de disques et aux producteurs cinématographiques, ils vont continuer à mourir à petit feu.

Le monde technologique change décidément trop vite pour les acteurs du monde d'hier... Et l'absurdité de cette loi n'a pas fini d'être commentée.

Mathieu Nowak

Une idée reçue sur maladies et climat

Je rencontre Renaud Lancelot, épidémiologiste au Cirad, venu présenter le projet européen « Eden » à la conférence « Research Connection » qui s¹est achevée vendredi dernier à Prague. « Eden » se préoccupe de ces maladies transmises par de petits animaux (moustiques, tiques, rongeurs), vecteurs d¹infections. Elles progressent partout, dans le monde et en Europe (plusieurs milliers de cas par an). Mais contrairement à une idée reçue tenace, le réchauffement climatique est loin d¹être le seul responsable. « Les comportements humains et les facteurs socio-économiques sont prédominants dans le cas de l¹encéphalite transmise par les tiques, une plaie en Europe centrale et orientale », explique Lancelot. Dans ces pays en crise économique, on gagne de l¹argent en récoltant en forêt des champignons et des baies. Les tiques s¹attaquent aux glaneurs et la prévalence de l¹encéphalite progresse fortement.

Aline Richard

Pour en savoir plus : https://www.eden-fp6project.net/

07/05/2009

Le « capitalisme distribué » de Jeremy Rifkin

Ce matin, l’Europe se sent pousser des ailes. Elle a organisé à Prague un de ces sommets institutionnels dont elle a le secret : « Research Connection 2009», où comment manier au mieux l’arme de la recherche-développement pour sortir de la crise. 2000 participants, un dispositif de sécurité impressionnant, et, derrière les baies vitrées du palais des Congrès, les tours élégantes de Prague, «cité dorée de la science », nous dit, un brin lyrique, le commissaire européen Janez Potocnik. L’ouverture revient à Jeremy Rifkin, économiste et essayiste.

Difficile d’être plus europhile que l’Américain Rifkin. Certes, il soutient Obama, mais il considère que, nous, Européens, devons écrire l’histoire d’une nouvelle « troisième révolution industrielle » tournée vers les nouvelles énergies. Révolution verte et démocratique. Capitaliste, certes, mais « distribuée ». Distribuée ? C’est sa grande idée. Mettre à bas tout ce qui est « Top-Down ». Marier les énergies renouvelables aux réseaux de communications et diffuser ce modèle dans tous les domaines de l’économie. Un exemple ? Votre immeuble, producteur net d’énergie. A l’intérieur, votre cuisine aux appareils branchés sur le réseau pour que la machine à laver profite des meilleurs prix sur le marche libre de l’électricite. Vous souriez ? Moi aussi. Surtout que Rifkin n’hésite pas une seconde a prédire la disparition prochaine d’Homo Sapiens sur une planète chauffée à blanc si ses conseils ne sont pas suivis. Mais ses idées n’en sont pas moins stimulantes. On devrait en débattre au prochain sommet climat, à Copenhague.

Pour télécharger la vidéo de Jeremy Rifkin cliquez sur le lien suivant :

https://dl.free.fr/getfile.pl?file=/FMKO9v1N

Aline Richard