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10 octobre 2008 |

Le Clézio Prix Nobel de littérature 2008

Blog_le_clezio J’étais à Nice hier quand on a appris la nouvelle de la réception par l’écrivain Jean-Marie Gustave Le Clézio du Prix Nobel de littérature 2008. C’est une excellente nouvelle pour un certain esprit des lettres qu’on trouve répandu dans le monde entier et assez peu en France en définitive, le souci de s’armer de la langue pour aller au plus profond de la connaissance du destin des personnes dont aucune trace ne semble témoigner de l’existence. La littérature de La Clézio ramène au monde et au temps des existences qui, sans cela, seraient promises à l’oubli et à la disparition, comme les paysages qui parcourent ses œuvres et dont il révèle la vérité profonde. Ce Prix Nobel est une excellente nouvelle aussi pour les éditeurs et les libraires inquiets pour la survie du livre et pour la situation présente, la crise et le sentiment de la crise affectant profondément ce marché fragile. Ce n’est pas, en revanche, une bonne nouvelle pour les étudiantes de Nice qui avaient pris l’habitude, dans le passé, d’aller à la bibliothèque municipale car Le Clézio y travaillait de longues après-midi, éclairant les travées de sa beauté grave. Il va davantage voyager désormais !

Blog_le_clzio_dsert Apprenant que Le Clézio avait reçu le Nobel, distinction rare et solennelle, je me suis retrouvé plus de vingt ans en arrière lorsque, étudiant, je le lisais, avec la certitude confuse d’y rencontrer la langue la plus sûre et l’écriture la plus belle couplées à l’horizon des êtres et des mondes. Désert (Gallimard, 1985, coll. Folio, 439 p., 7,40 €) particulièrement m’avait marqué, et c’est de ces lointains souvenirs, ici écrivant à Nice, que je voudrais partir pour rassembler quelques idées à destination des lecteurs de La Recherche. Lire Le Clézio, c’est d’abord entrer dans une littérature qui est un véritable acte ethnologique, l’écrivain se portant vers des mondes presque perdus, des personnes oubliées, des peuples fragiles au point de pouvoir disparaître sans bruit. S’il fallait chercher un successeur à Claude Lévi-Strauss, c’est peut-être du côté de Le Clézio qu’il faudrait chercher. Evidemment les méthodes et les résultats ne sont pas les mêmes, mais le mouvement de l’écriture est comparable et l’inquiétude de la conscience presque semblable. Le Clézio est aussi un grand observateur des paysages, et particulièrement des déserts, là où la singularité de l’existence humaine apparaît plus forte à cause de sa rareté, là où la destruction des fragiles équilibres naturels devient si évidente. C’est un écrivain monde également, habitant plusieurs lieux dont le Nouveau-Mexique, et c’est la langue qui unit ces points de vue, ces univers. Le français langue universelle s’impose pour le définir parce qu’il a su construire avec elle une patrie proche et ouverte. Son choix de se porter vers ceux qu’on pourrait appeler des exclus et l’humanité qu’il reconnaît en eux repoussent, bien mieux qu’un long discours, les idéologies du nationalisme et de l’enfermement. A tous, chercheurs ou lecteurs ordinaires, il transmet la conviction que le souci pour le plus lointain, le plus étranger, et le pouvoir de la langue de capter les vérités fragiles, n’appartiennent pas aux vaines illusions.

Vincent Duclert, EHESS

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