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septembre 2009

26/09/2009

La grande famille de l'homme

Soirée DVD. La conférence de mercredi soir était suivie d'un "cocktail dînatoire", pendant que les étudiants de l'ENS regardaient le film. Je n'avais donc pas vu ce dernier. Heureusement, National Geographic Channel avait prévu que je préfèrerais boire et manger (et surtout discuter avec les intervenants à la conférence, ce dont je reparlerai plus tard), et je suis donc rentré chez moi avec un DVD de "La grande famille de l'homme".

Il faut bien le dire, ce film est d'un intérêt très moyen. Son seul propos est d'affirmer que tous les hommes descendent d'un ancêtre commun, et que les différences apparentes proviennent de mutations apparues au cours des migrations de notre espèce sur la Terre. Pourquoi pas. Mais plutôt que d'expliquer comment on arrive à une telle conclusion, en étudiant l'ADN de populations bien localisées dans différentes parties du monde, le réalisateur a préféré se contenter de l'affirmer. Du coup, l'argument devient juste bien pensant. L'étude de la population mondiale n'est vue qu'à travers les habitants d'un quartier cosmopolite de New-York, dont les habitants découvrent, grâce à leur ADN, qu'ils ont des origines dans diverses régions du monde (la belle affaire!), et que finalement, ils sont tous cousins (et donc qu'ils doivent s'aimer malgré leurs différences!).

Le projet Genographic n'est ainsi présenté que sous son angle "généalogique", le plus contestable. Dommage, le volet scientifique est nettement plus intéressant.

Cela intéressera peut-être les enfants jusqu'à une dizaine d'années (et encore, il n'y a pas beaucoup d'action, ils risquent de s'ennuyer). En outre, l'idée de justifier la solidarité humaine par la proximité génétique est plus que douteuse. Comme disait en substance un politicien français, je préfère ma soeur à ma cousine, et ma cousine à ma voisine... Dans ce cas, nous devrions aussi être solidaires des chimpanzés et des gorilles, et de toutes les espèces vivantes (arrêtons de nous laver les mains, nous génocidons à chaque fois une population de bactéries, qui sont tout de même nos cousines, même éloignées).

Wiktor Stoczkowski avait il y a déjà de nombreuses années livré une réflexion très intéressante sur le sujet, que je vous invite à lire ou à relire.

Luc Allemand

25/09/2009

Une chronique radio

Noémi Mercier, journaliste pour notre confrère Québec Science, tient depuis maintenant un peu plus d'un an la rubrique "Lu d'ailleurs" de La Recherche. Elle écrit bien, et elle parle pas mal non plus. Elle donne maintenant une chronique sur Radio-Canada. La première livraison est ici.

Luc Allemand

24/09/2009

Le génome universel

Une soirée bien agréable à l'Ecole Normale Supérieure, rue d'Ulm. L'Américain Spencer Wells tenait le micro pour promouvoir devant un parterre d'étudiants le film documentaire qu'il a tourné avec National Geographic à propos de son projet Genographic. Je résume : il tente de séquencer génétiquement le maximum de personnes sur Terre, en visant en particulier les populations "autochtones". Son objectif : reconstituer les migrations de la population mondiale depuis les origines. Le film passera le 8 novembre sur National Geographic Channel (personnellement, je ne reçois pas ça, même avec la TNT).

Plus intéressant, il n'était pas tout seul à la tribune. Luis Quintana-Murci, l'un des très bons généticiens des populations du CNRS, est responsable du projet pour l'Europe de l'Ouest, et il a fait une présentation assez nuancée des possibilités de ces études. Fernando Ramirez-Rozzi avait il y a deux ans pointé des limites de ce genre d'exercice dans un article de La Recherche.

Luis a aussi soulevé des questions d'éthique. Toutes les personnes auxquelles on prélève de l'ADN doivent en effet signer un consentement. Certains participants ont ainsi demandé que leur ADN soit détruit sitôt le séquençage réalisé. D'autres ont accepté qu'il soit conservé 5 ans. D'autres encore n'ont pas donné de limite. J'ai été particulièrement sensible à cet aspect. Nous avions en effet passé du temps ces jours-ci à la rédaction à rechercher des illustrations pour un article qui paraîtra dans le numéro de novembre (il va falloir patienter un peu, celui d'octobre arrive tout juste dans les kiosques) et dans lequel il est question, entre autres choses, de tels prélèvements d'ADN. Eric Crubézy, principal auteur de l'article, n'a pas pu nous fournir de photographies de ces prélèvements, qu'il a pourtant réalisés lui-même dans plusieurs régions du monde. Non qu'il n'en ait pas, mais le sujet est assez sensible pour qu'il refuse de les publier, ou alors en floutant les visages...

Luc Allemand

17/09/2009

Grippe A : qui vacciner ?

Face à la menace A(H1N1), qui faut-il vacciner en priorité ? Les jeunes ? Les personnes agées ? Les femmes enceintes ? Dans le milieu médical, la question est loin de faire l'unanimité. A ce propos, et pour faire suite à l'entretien que nous a accordé en septembre l'épidémiologiste Antoine Flahault, je vous conseille de lire l'un des derniers billets postés par cet expert sur son blog.

C'est direct et sans détour : pour Antoine Flahault, on est loin d'avoir prouvé qu'une vaccination des jeunes en priorité ( ce que les Etats-unis ont semble-t-il décidé de faire) soit la meilleure stratégie contre le virus A(H1N1). Sur ce blog, on découvrira également les résultats en ligne de la modélisation mathématique de l'épidémie. Trop compliqué ? Non, plutôt digeste, à condition d'avoir lu au préalable son interview dans ...La Recherche !

Sylvie Gruszow

16/09/2009

EUCYS 2009 : les résultats

Avant que Jérémy, fidèle blogueur, ne nous relate sa vision de l'événement, offensons quelque peu sa modestie et celle des ses deux compères en annonçant qu'ils ont reçu un deuxième prix au concours EUCYS qui s'est terminé hier. L'équipe toulousaine a, elle, reçu le "prix CEA" pour sa présentation sur les ferrofluides.

Les premiers prix ont été attribués à deux Irlandais, pour un travail sur le comptage de cellules dans le lait ; un Suisse, qui a mis au point un avion capable de s'arrêter et repartir en marche arrière ; et deux Polonais, pour une étude sur un manipulateur optique.

Tous les résultats sont .

Luc Allemand

11/09/2009

Coup de froid

En juin 2000, le britannique Andy Goldsworthy a apporté des boules de neige géantes (une tonne chacune) dans les rues de Londres, et les a laissées fondre. Il avait collecté cette neige, pendant les deux hivers précédents, près du village écossais où il vit. Geste artistique singulier et éphémère. J'y ai fortement pensé devant l'exposition « Performance à froid » présentée les 12 et 13 septembre au Laboratoire, installé au centre de Paris. David Burrows, Charlotte Charbonnel et Delphine Chevrot y ont en effet installé une oeuvre « miroir » des boules de neige de Goldsworthy. Une machine installée au plafond émet un brouillard d'eau, froid. Celui-ci, plus lourd que l'air environnant, tombe sur une structure réfrigérée au-dessous de zéro, et se transforme en givre. Colonne mouvante et éphémère.

Le Laboratoire se veut un lieu où se rencontrent l'art et la science. Pas étonnant donc d'y trouver des oeuvres dont l'existence et la signification sont étroitement liées à la mise en oeuvre de principes physiques. Chacun des trois artistes a d'ailleurs créé sa propre installation sur le même thème du froid. J'ai préféré celle où une cage thoracique en tubulure réfrigérante congèle et laisse fondre alternativement l'eau qui s'écoule lentement à sa surface.

Moins convaincant est le prétexte de cette exposition : le lancement par une grande marque de lessive (dont, il y a bien longtemps, les clientes ne voulaient pas échanger un seul baril contre deux barils d'une lessive anonyme) d'une lessive-gel qui lave « à froid ». Inutile toutefois de l'emporter en camping si vous devez casser la glace au lavoir le matin : elle n'est active qu'à partir de 15°C. La partie de l'exposition consacrée à la lessive en question est plutôt décevante, et ne révèle pas grand chose de la physico-chimie à l'oeuvre. Comble du ridicule, j'ai assisté en direct à une démonstration de l'efficacité du produit de la plus belle rhétorique publicitaire : une jeune femme charmante a sali avec du chocolat deux morceaux de tissu, puis les a placé dans deux récipients munis d'agitateurs, dont l'un contenait le gel miracle, et l'autre un « produit ordinaire trois fois moins concentré ». Evidemment, l'un des deux tissus est ressorti plus blanc que l'autre... Pour l'instant, on pourra toujours relire l'article publié par La Recherche en octobre 2003, et qui révèle, lui, Les secrets du linge bien lavé.

Luc Allemand