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13/12/2009 |

La bataille sur les niveaux d’engagement de réduction des émissions fait rage à Copenhague

Quel est le niveau des efforts réalisables par les pays développés ? Les pays émergents ? A la réponse est suspendue la confiance dans la sincérité des pays à réussir la stabilisation du climat dans le cadre d’une répartition équitable des progrès à accomplir. A ce stade la négociation climat bute sur la nature et le niveau des chiffres avancés. Plusieurs logiques se combinent.

D’abord, la transposition des trajectoires d’émissions décrites par le (quasi) consensuel GIEC permettant la stabilisation du climat à un réchauffement contenu à 2°C. Cette approche esquisse une trajectoire globale de réduction des émissions. Pour diviser les émissions mondiales par deux, il est proposé que les émissions des pays industrialisés diminuent de -25 à -40% en 2020 par rapport à 1990 et que celles des pays émergents dévient de leur trajectoire tendancielle de -10 à -30% (hors Pays les moins avancés).

Ensuite, les annonces ou revendications des différentes parties dans la négociation qui poussent correspondant à une stratégie de négociation (proposition conditionnelle de -30% de l’UE, annonces chinoises et brésiliennes pour presser les pays de l’Annexe I dont les USA à s’engager plus loin). Dans cette négociation comme dans beaucoup d’autres, chacun garde des atouts dans sa manche pour obtenir des contreparties ou minimiser son effort.

A cela s’ajoutent des résultats de calculs de modélisation effectués par des universités, des ministères, des ONGs et les lobbys des « clean techs » (comme les énergies renouvelables) sur les potentiels technico-économiques issus d’études plus ou moins approfondies et utilisant des méthodes pour le moins hétérogènes. Enfin, grandes villes et gouvernement locaux démontrent régulièrement leurs capacités à mettre en œuvre des solutions concrètes et parfois exemplaires, ainsi que leur capacité à obtenir des engagements collectifs dans le cadre de concertations multi acteurs (entreprises collectivités ou gouvernements locaux).

Tous ces chiffres s’entrechoquent ainsi, issus de référentiels et de logiques différentes voire concurrentes. Émissions incluant ou non la foresterie et l’usage des terres, année de référence variable, engagements en intensité carbone ou énergétique. La guerre médiatique des « pour cent » fait rage. Comment juger de leur crédibilité ? De leur faisabilité effective ? Comment les comparer ? Les discussions sont de plus en plus fréquemment brouillées par le concert des annonces successives, certains pays (comme le Japon) annonçant être à leur limite maximale pour ensuite présenter de nouveaux chiffres nettement plus élevés, à la faveur d’un changement politique. Il y a là source de confusion et de défiance.

Au-delà du brouillage dus aux stratégies médiatiques et politiques, d’où vient cette faiblesse des engagements quantitatifs ? Deux raisons, parmi d’autres. Il n’y a eu peu voire pas de travail d’objectivation qui ait été entrepris depuis plusieurs années pour faire converger la compréhension des négociateurs sur les marges de manœuvre réelles des pays. Un tel travail aurait dû être engagé plusieurs années à l’avance d’un commun accord entre toutes les parties de la négociation pour cette indispensable objectivation. Il y a évidemment un grand risque que la négociation ne reproduise les injustices de répartition des efforts dans ce domaine, ce qui ne peut que nuire à la crédibilité et à la solidité des accords.

Le délai de 8 ans (2012-2020) fixé par la négociation ne permet que des progrès modestes, car même en comptant à partir d’aujourd’hui, le délai d’ici 2020 donne à peine le temps d’achever des équipements lourds et en aucun cas de reconvertir une filière. La capacité de virage des sociétés est très faible à moins de 5 ans (seulement des changements organisationnels, économiques et comportementaux et la réalisation de petits investissements), encore modeste à 10 ans, mais considérable à 20 ans car à cette portée, peuvent être transformées des filières (secteur électrique) renouvelés les parcs d’équipements (les voitures, les chaudières, l’électroménager) et percolés des débouchés de la recherche. D’où l’intérêt de prise d’engagement à 2030 par les Etats-Unis d’une réduction des leurs émissions de 42%. Plus généralement, on peut déplorer, la modeste culture industrielle moyenne des négociateurs (à la fois sur les plans technique et économique).

Il est donc essentiel que les acteurs académiques se mobilisent pour développer une prospective nouvelle, opérationnelle pour répondre à la crise climatique, à mesure que les enjeux s’aggravent. Sinon le décalage entre les discours et les actes mènera inévitablement à une crise. De confiance celle-là.

P. Radanne

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