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13 mai 2012

Jules Ferry et la République

La presse et les médias comme la Dépêche de Toulouse ont annoncé le 11 mai 2012 que le Président élu François Hollande fera suivre la passation de pouvoir au palais de l’Elysée de deux « gestes symboliques ».

« Le nouveau président de la République François Hollande rendra hommage mardi après-midi à l'ancien ministre de l'Education de la IIIe République Jules Ferry et à Marie Curie, prix Nobel de physique et chimie, a-t-on appris vendredi auprès de son équipe et de proches. A peine entré en fonction à l'Elysée, M. Hollande ira déposer une gerbe au pied de la statue de Jules Ferry, défenseur de l'école laïque au jardin des Tuileries. Il se rendra ensuite à l'Institut Curie pour rendre hommage à Marie Curie, a-t-on précisé de mêmes sources. [...] François Hollande a préféré lui rendre hommage à l'Institut Marie Curie pour ne pas mettre ses pas dans ceux de François Mitterrand qui en 1981 avait inauguré son septennat en allant se recueillir, dans ce temple des grandes figures du pays, une rose à la main qu'il avait déposée sur le cercueil de Jean Moulin. »

Précisons toutefois que Marie Curie est elle aussi au Panthéon désormais, depuis la décision du Président François Mitterrand d’y transférer ses cendres ainsi que celles de son mari Pierre, au cours de la cérémonie du 20 avril 1995, peu de temps avant la fin de son second septennat. La continuité est de mise dans les choix du nouveau Président de la République. Il est pourtant toujours utile de revisiter l’histoire de Marie Curie qui est aussi celle de l’intolérance de la République ou du moins de certaines de ses élites masculines et académiques. C’est ce que nous avons rappelé dans l’article d’hier (voir plus bas).

Blog ferry
Le choix de Jules Ferry pour porter le « geste symbolique » du nouveau président élu indique la priorité qu’il souhaite donner à l’école et à la politique scolaire durant les cinq prochaines années. Celui qui fut ministre de l’Instruction publique puis président du Conseil est considéré comme le père de l’école républicaine, honneur qu’il partage avec Ferdinand Buisson, longtemps directeur de l’enseignement primaire et chargé à ce titre de la conception et de l’application des principales lois scolaires. Vincent Peillon lui consacra un bel essai en 2010, Une religion pour la République. La foi laïque de Ferdinand Buisson (Paris, Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siècle », 293 p., 19 €).

Blog gaillard
Entre Jules Ferry et François Hollande existe aussi une histoire de livre et de fidélité. L’un de ses plus proches amis, Jean-Michel Gaillard, disparu en 2005, et qu’il avait connu au cabinet de Max Gallo, porte-parole du gouvernement en 1983, est l’auteur de la biographie de référence du grand homme. Elle parut en 1989 aux éditions Fayard, dans la série des biographies historiques qui fait la réputation de cette maison. François Hollande est en pays connu avec Jules Ferry. La difficulté résidera cependant pour lui dans la nécessité de se garder du mythe et d’accepter l’autre volet de la politique ferryste, la colonisation dont il fut le grand promoteur et qui l’amena à se heurter vivement à Georges Clemenceau.

Voici un rappel de l’action de Jules Ferry à la tête du ministère de l’Instruction publique et du gouvernement de la République.

Vincent Duclert

 

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12 mai 2012

Marie Curie, un « geste symbolique » de François Hollande

Blog curie

En février 2011, La Recherche avait commémoré le centenaire du second prix Nobel de Marie Curie, obtenu en chimie pour la découverte du radium et du polonium, par un numéro des Dossiers de la Recherche qui lui était dédié. Nous proposons ci-dessous une version augmentée de l’article que nous avions publié sur les relations de la République avec cette femme et savante hors-du-commun. Des relations, on le verra, loin des images d’Epinal qui parsèment la mémoire nationale. Si Marie Curie « représente les valeurs de la République » comme a bien voulu le déclarer le directeur de l’Ecole nationale d’administration, en conclusion de la journée d’étude « Marie Curie » (pour la promotion du même nom) le 10 juin 2011 à Strasbourg, il faut bien reconnaître que cela résulte surtout d’un long combat pour faire accepter la première à la seconde. Rien n’a été acquis pour Marie Curie comme l’évoque le texte ci-dessous.

Demain, suite de la « déambulation » présidentielle dans l’histoire de France, avec Jules Ferry, seconde figure choisie par François Hollande pour la journée républicaine du 15 mai 2012.

 

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11 mai 2012

Repenser l'économie

Blog repenser
Repenser l’économie est une obligation depuis que la crise financière a remis en cause la science économique. La revue Regards croisés sur l’économie a demandé aux jeunes économistes couronnés par le prix le Monde/Cercle des économistes de contribuer à cette réflexion en exposant les implications concrètes de leurs recherches sur les politiques publiques. Dirigé par François Geerolf et Gabriel Zucman, l’ouvrage Repenser l’économie réunit une quinzaine de ces jeunes (et moins jeunes mais toujours jeunes) économistes, sous la forme d’entretiens parfois. Sa lecture est stimulante. Pierre-Cyrille Hautcoeur se demande ainsi, pour la question des crises financières, « à quoi sert l’histoire ? ». Il plaide pour une meilleure régulation des marchés qui limite les pratiques prédatrices et accroît la résilience des Bourses face aux chocs « Cette leçon, démontrée par Fernand Braudel dans la très longue durée pour des marchés très divers, reste actuelle et peut-être plus que jamais nécessaire ». (La Découverte, coll. « Cahiers libres », 200 p., 14 €).

Vincent Duclert

 

09 mai 2012

Les révolutions morales

Blog honneur
Professeur de philosophie à l’université de Princeton, Kwame Anthony Appiah a étudié plusieurs événements, la mort du duel en Angleterre, l’abandon du bandage des pieds en Chine, la suppression de la traite négrière atlantique, ou la résistance à la longue guerre contre les femmes, pour concevoir la notion de « révolution morale » résultant d’une transformation profonde du comportement moral et pas seulement des sentiments moraux. La clef réside dans l’honneur, ressort de ces révolutions de la conscience individuelle et collective. « Un sursaut de morale empêchera des soldats d’attenter à la dignité humaine de leurs prisonniers et les conduira à condamner les actes de ceux qui se comportent autrement. Et ce même genre de sursaut permettra aux femmes qui ont été ignoblement abusées de comprendre que leurs agresseurs méritent un châtiment. [...] Il faut un sens de l’honneur pour se sentir impliqués par les actes des autres. Il est également nécessaire d’avoir le sens de votre dignité pour insister, contre vents et marées, sur votre droite à la justice dans une société qui l’offre rarement aux femmes sans qualités. »

Traduit par Jean-François Sené, Le code de l’honneur. Comment adviennent les révolutions morales, montre l’importance de l’histoire pour la philosophie politique et démontre l’universalité de l’exigence de dignité (Gallimard, coll. « NRF », 271 p., 25 €).

Vincent Duclert

 

07 mai 2012

Le Président et les livres

Blog H reve
Elu le 6 mai 2012, François Hollande a publié au cours de sa longue campagne deux ouvrages largement présents en librairie. Le premier, Le Rêve français, paru aux éditions Privat en août 2011, à la veille de l’université d’été du parti socialiste à La Rochelle, rassemble ses discours depuis celui de Lorient, le 27 juin 2009, intitulé pour ce livre : « On les appellera des socialistes ». Ces discours sont précédés d’un long entretien avec le candidat, pas seulement en vue des primaires socialistes mais aussi sur sa vision de la gauche, de la France et du monde (287 p., 9,90 €).

Blog h des
En février 2012, en pleine campagne présidentielle, François Hollande publiait un livre personnel et politique, Changer de destin, aux éditions Robert Laffont (169 p., 9 €). Il se concluait par un chapitre reprenant le slogan du candidat, « Le changement, c’est maintenant ».

Blog H droit
Ces deux livres, on s’en souvient peu, ont été précédés d’un troisième *, un livre d’entretien réalisé avec le journaliste politique Pierre Favier après le départ de François Hollande de la direction du Parti socialiste (Le Seuil, 2009, 398 p., 20 €). Il y revenait longuement sur son action, et évoquait, brièvement, l’avenir qu’il souhaitait se donner, servir d’abord les Corréziens mais sans exclure non plus d’autres responsabilités. Celles-ci devaient passer par de nouvelles expériences, un parcours très différent, une réflexion mise en avant, en direction des Français à nouveau. « J’ai à nouer une autre relation avec les Français autour d’une conception de l’Etat, de la politique, avec une claire vision de la France dans cette sortie de crise, avec des solutions que je porterai dans les mois à venir et qui tiennent moins des réponses à tout que d’une somme limitée de choix sur l’essentiel. » En une phrase claire, mais à laquelle peu de gens à l’époque prêtèrent attention, François Hollande se déclara : « là où je suis, je me prépare ».

Moins que François Mitterrand, plus spontanément peut-être aussi, François Hollande aime les livres. Il l’a rappelé dans son entretien du Rêve français. Et il n’oublie pas, dans les livres, « tous celles et ceux qui permettent qu’il existe, des éditeurs aux lecteurs. J’ai aussi une pensée particulière pour les libraires, les bibliothécaires ». L’une des premières mesures de son gouvernement devrait être d’abroger la hausse de la TVA décrétée dans ce secteur sous l’ancien quinquennat, et qui avait bouleversé des libraires déjà très fragilisés.

Vincent Duclert

 

04 mai 2012

Les Français et la justice sociale

Blog galland
La clef des élections présidentielles réside dans la capacité d’un candidat ou d’une candidate à percevoir et comprendre les valeurs des Français. Une enquête collective s’y est intéressée. Ses résultats ont été publiés il y a quelques mois aux éditions Armand Colin. Dirigé par deux sociologues du CNRS, Les Français face aux inégalités et à la justice sociale (coll. « Sociétales », 280 p., 23, 20 €) a voulu combler une lacune dans la connaissance des inégalités souvent étudiées par les sciences sociales : « on continue souvent aujourd’hui d’aborder la question du "lien social", comme on dit à présent, sans même que la question de la justice ne soit soulevée. Les inégalités sont disséquées avec minutie, mais le lien empirique avec la justice est absent ». Même si la liaison entre justice et égalité n’est pas « une question simple », on mesure l’effort des auteurs pour étudier « les sentiments de justice » dans la société et sa tension vers l’équité.

Vincent Duclert

 

01 mai 2012

Sur le syndicalisme

Blog febvre
En période électorale, l’acuité politique du 1er mai est toujours plus forte. On en a eu un bel exemple cette année avec, au cœur des controverses droite/gauche, la question des syndicats et de leur politisation. Présentées par Jean Lecuir, des conférences inédites sur le syndicalisme de l’historien Lucien Febvre, datant de 1919 et 1920, ont été publiées par la revue Le Mouvement social. Même si les préoccupations des lendemains de la Première Guerre mondiale paraissent bien éloignées de celles des temps présents, des thèmes méritent réflexion dont l’autonomie affirmée de la CGT à l’égard du parti socialiste SFIO et le fait que le clivage entre réformistes et révolutionnaires passait à l’intérieur des deux organisations (éditions La Découverte, n° 238, 16 €).

V.D.

29 avril 2012

Le journal des camps de Benjamin Schatzman

Par la loi du 14 avril 1954, la République française a décidé d'honorer la mémoire des victimes de la déportation, en particulier des déportés de France dans les camps de concentration ou d'extermination nazis. Chaque année, le dernier dimanche d'avril est consacré « Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation ». Parmi eux, de nombreux étrangers présents sur le sol français, ou des Français nés étrangers, livrés par les autorités légales à l’Allemagne nazie. Ce fut le cas, par exemple, de Benjamin Schatzman, dentiste et professeur d’inlays et porcelaine à l’Ecole odontotechnique.

Blog benj

Né le 5 janvier 1877 à Tulcea en Roumanie, il meurt le 28 septembre 1942 au camp d’Auschwitz en Pologne occupée. Père de l’astrophysicien Evry Schatzman, Benjamin Schatzman a grandi dans une famille juive du Danube ottoman. Son père, étameur, remplissait dans la communauté les fonctions de scheret (celui qui s’assure que les animaux ont été tués de façon rituelle). « En 1882, attiré par le mouvement des Amants de Sion, mon grand-père quitte Tulcea pour venir en Palestine », raconte Evry Schatzman dans la Science menacée (Odile Jacob, 1989, p. 22)

 

[...]. A l’école de Ziqron, mon père obtint le brevet supérieur. Très bon élève, il est envoyé étudier l’agronomie à Grignon en 1896. » L’arrivée en France est un choc pour le jeune homme : « Il venait d’un petit village palestinien encore très pauvre et découvrait Paris, les remous de l’affaire Dreyfus, la bataille des Droits de l’homme, les courants politiques français, socialiste en particulier. La tradition religieuse a été vite ébranlée en lui ». Après un stage de six mois en Algérie en 1899, il revint en Palestine. Mais, malade de la malaria et désormais éloigné de la religion, il décida de quitter la Palestine, d’abord pour la Nouvelle-Zélande où il rencontra là-bas la tradition travailliste anglo-saxonne qui certainement aida à faire de lui, à son retour en France, un socialiste convaincu ». Installé à Paris en 1905, il s’intégra rapidement à la société française : diplômé de l’Ecole odontotechnique en 1908, naturalisé français, marié à Cécile Kahn, il exerça la profession de dentiste et de professeur jusqu’à son arrestation en 1941. Fidèle toute sa vie à la Ligue des droits de l’homme, il quitta le PCF qu’il avait rejoint dès sa création lorsque sa direction, sur instructions de l’Internationale, obligea ses adhérents de choisir entre lui et l’appartenance aux organisations bourgeoises. « Toujours porté par l’intérêt intellectuel et l’hostilité à tout dogme », il rejoignit l’Union rationaliste fondé par Paul Langevin et le physiologiste Roger en 1932. « La seule maxime qui me reste de lui ressemble plus pour moi à une liberté qu’à une contrainte : "Ne crois pas en Dieu !" ».

Arrêté le 12 décembre 1941 dans la grande rafle dite des « notables » des forces allemandes (assistées de policiers français) contre les juifs du département de la Seine, Benjamin Schatzman est interné à Royallieu, puis à Drancy, à Pithiviers, à Beaune-la-Rolande puis encore à Drancy d’où il est déporté par le convoi n°36 à Auschwitz le 23 septembre 1942. Il parvient, à Chalons-sur-Marne, à jeter du train un dernier message qu’un cheminot retrouva : « Nous sommes 45 dans un wagon à bestiaux, 25 femmes et enfants dont 9 sans parents… ».

Préfacés par Serge Klarsfeld, ses écrits d’internement dans les camps français ont été publiés en 2005 par les éditions Le Manuscrit dans la collection « Témoignages de la Shoah » de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, puis par les éditions Fayard l’année suivante (736 p., 25,40 €).

Vincent Duclert

 

28 avril 2012

L'affaire Bogdanoff. Une pétition de 170 scientifiques

Blog bog

Le site de la revue Ciel et Espace relaie la pétition de 170 scientifiques (au 28 avril) revendiquant leur « droit au blâme » des thèses des frères Bogdanoff. En voici le texte disponible sur http://www.cieletespace.fr/node/8909. Cette action collective assez inédite fait suite à un événement hors-du-commun, la condamnation au franc symbolique d’un astrophysicien du CNRS, Alain Riazuelo, après une plainte des frères Bogdanoff (ou Bogdanov, de leur nom de plume). Sylvestre Huet, le journaliste scientifique de Libération, qui avait déjà publié une première pétition de scientifiques sur le blog [sciences] du journal, relève ce matin dans un article du quotidien que la présidente de la 31e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, lors de ce procès, à la mi-mars, « s’était étonnée de la célérité avec laquelle le procureur avait traité le sujet, après un interrogatoire intimidant d’un officier de police à l’encontre d’Alain Riazuelo. A mots couverts, [elle] avait attribué ce comportement policier et judiciaire à la "notoriété" des frères Bogdanoff, en réalité leur proximité avec le pouvoir en place à l’Elysée » (Silvestre Huet, « Colère scientifique contre les Bogdanoff »). Le texte de la pétition inclut un mea-culpa de la part de la communauté scientifique dont certains membres ont pu se laisser aveugler par l’entregent des Bogdanoff. Notre collègue Fabien Besnard avait publié en février 2008, ici même sur le Blog des Livres, une critique salutaire de L’équation Bogdanov, Le secret de l’origine de l’Univers ?, de Lubos Motl (Presses de la Renaissance, 2008, 240 p., 19 €) dont nous redonnons le texte. A travers son mensuel et la fameuse rubrique pilotée par Luc Allemand « Touche pas à ma science », La Recherche a contribué aussi au « droit de blâme » des travaux des frères Bogdanoff.

L'"AFFAIRE BOGDANOFF" :
LIBERTE, SCIENCE ET JUSTICE,
DES SCIENTIFIQUES REVENDIQUENT LEUR DROIT AU BLAME

Nous, scientifiques signataires de cette lettre, souhaitons tout d'abord rappeler que l'analyse détaillée des thèses et articles publiés par les frères Bogdanoff a montré à l'envi qu'ils n'ont pas de valeur scientifique, comme il ressort entre autres d'un rapport du Comité National de la Recherche Scientifique, que le journal Marianne a récemment rendu public.

Rappelons aussi que ces thèses seraient pour l'essentiel un patchwork de travaux publiés antérieurement par d'autres auteurs, comme l'a admis leur directeur de thèse dans une interview de 2002 au Figaro.

Rappelons enfin que les dysfonctionnements de la communauté scientifique, qui ont abouti à ce que les frères Bogdanoff publient néanmoins des articles et obtiennent le grade de Docteur de l'Université de Bourgogne, ont été également analysés, par exemple dans un texte publié en 2002 par la Société Française de Physique, signé de son vice-président, et ont suscité de salutaires auto-critiques comme le "mea culpa" de certains membres de leurs jurys ou des éditeurs de la revue Classical and Quantum Gravity.

La communauté scientifique ne pouvait donc être plus claire dans son jugement, confirmé par le fait que les travaux des Bogdanoff n'ont pas eu d'impact sur le développement de la science, comme le prouve le très faible nombre de citations de leurs articles dans les banques de données scientifiques.

L'affaire aurait dû en rester là mais les deux frères ont réagi à ces appréciations négatives de la communauté scientifique par des attaques "ad hominem" par voie de presse, comme l'illustre par exemple un article de Paris-Match de septembre 2011, et par des attaques en justice, dont Alain Riazuelo vient de faire les frais.

Alain Riazuelo, chercheur du CNRS à l'Institut d'Astrophysique de Paris, avait pris connaissance d'une ébauche de la thèse de Grichka Bogdanoff que celui-ci avait envoyée à un collègue, et sur laquelle les frères Bogdanoff s'appuient dans leur livre «  Au commencement du temps  ». Après l'avoir analysée il l'a postée sur son site personnel. Mal lui en a pris: il a subi un interrogatoire policier et a été assigné en justice par Grichka Bogdanoff qui lui a intenté un procès, non pour en avoir critiqué le fond, mais pour avoir reproduit et diffusé ce document sans son autorisation. Cette diffusion a été considérée par la justice comme une entorse à la loi, bénigne vue la légèreté de la peine: Alain Riazuelo a été condamné à une amende avec sursis et un euro de dommages et intérêts.

Nous souhaitons d'abord dire ici que nous soutenons sans réserve Alain Riazuelo, qui a défendu la Science avec conviction, détermination et courage.

Nous souhaitons aussi dire avec force que cette décision de Justice ne doit en aucun cas être interprétée comme une condamnation de l'analyse qu'Alain Riazuelo a faite de ce document. Une telle analyse relève en effet de l'activité professionnelle des chercheurs dont un des rôles est d'étudier, de juger et, dans le cas présent de rejeter, tout travail se réclamant de leur domaine d'expertise.

De manière plus générale, la communauté scientifique a le droit, voire le devoir de blâme, lorsqu'il s'impose, et doit avoir la liberté de pouvoir argumenter ses jugements comme il lui semble, liberté qu'aucune pression, médiatique, policière ou judiciaire, ne doit altérer.

Nabila Aghanim (Institut d'Astrophysique Spatiale, Orsay), Aikel Ajmia (Université Paris Sud XI ), Evelyne Alecian (LESIA Observatoire de Paris-Meudon), Jean-Michel Alimi (CNRS - Observatoire de Paris-Meudon), Frédéric Arenou (GEPI Observatoire de Paris-Meudon), Jean-Luc Attéia (Université de Toulouse), Jean Audouze (CNRS-Institut d'Astrophysique de Paris), Christophe Balland (Université Paris Sud), David Baratoux (Université de Toulouse), Rémi Barbet-Massin (CPGE Henri IV Paris), Domingos Barbosa, (Radioastronomy Group, Institut de Télécommunications, Portugal), Didier Barret (CNRS Université de Toulouse), Frédéric Baudin (CNRS-Université Paris 11), Jean-Philippe Beaulieu (CNRS-Institut d'Astrophysique de Paris), Xavier Bekaert (Université de Tours), Raoul Behrend (Observatoire de Genève), Olivier Berné (CNRS Université Toulouse), Philippe Besse (Université de Toulouse), Matthieu Béthermin (CEA Saclay), Olivier Bienaymé (Observatoire astronomique de Strasbourg, CNRS, Université de Strasbourg), Guillaume Blanc (Université Paris 7), Alain Blanchard (Université de Toulouse), Luc Blanchet (CNRS-Institut d'Astrophysique de Paris), Céline Boehm (Durham University & LAPTH Université de Savoie), Patrick Boissé (Université Pierre et Marie Curie), Samuel Boissier (CNRS - Université Aix Marseille), Guillaume Bossard (CNRS - Ecole Polytechnique), Samuel Bottani (Université Paris Diderot), François R. Bouchet (CNRS-Institut d'Astrophysique de Paris), Jacques Le Bourlot (Professeur, Université Paris-Diderot & Observatoire de Paris), Philippe Brax (CEA Saclay), Edouard Brézin (LPT Ecole Normale Supérieure), Martin Bucher (Université Paris XI), Denis Burgarella (Laboratoire d'astrophysique de Marseille), Rémi Cabanac (Université de Toulouse), Damien Calaque (Université Claude Bernard Lyon 1), Pierre Cartier (CNRS - Université Paris-Diderot et IHES), Michel Cassé (CEA Saclay), Corinne Charbonnel (Université de Genève, Suisse, et CNRS-Toulouse), Yann Clénet (Observatoire de Paris), Suzy Collin-Zahn (Observatoire de Paris-Meudon), Stéphane Colombi (CNRS-UPMC), Francoise Combes (Observatoire de Paris), Vincent Coudé du Foresto (LESIA Observatoire de Paris), Morgane Cousin (Institut d'Astrophysique Spatiale, Orsay), Michel Crézé (Université de Bretagne Sud et Université Paris 7), Alain Cros (CNRS - Toulouse), Frédéric Daigne (Université Pierre et Marie Curie), Emmanuel Davoust (Université de Toulouse), Jean-Pierre Dedieu (Institut de Mathématiques de Toulouse), Claire Demuynck (Université Lille1), Karine Demyk (CNRS-Université de Toulouse), Nathalie Deruelle (CNRS-Paris 7), Joaquin Diaz-Alonso (LUTH Observatoire de Paris-Meudon), Hervé Dole, (Univ. Paris-Sud, CNRS), Noël Dolez (CNRS IRAP Observatoire Midi-Pyrénées), Marian Douspis (Institut d'Astrophysique Spatiale, Orsay), Chantal Duprez (Maître de conférences de physique en retraite), Ruth Durrer (Université de Genève), Christian Duthu (Observatoire du Pic du Midi), Michel Dyakonov (Université Montpellier 2), Jean Eisenstaedt, (Observatoire de Paris-CNRS), Gilles Esposito-Farese (Institut d'Astrophysique de Paris), Guillaume Faye, (CNRS Paris 6), Pierre Fayet (Ecole Normale Supérieure), François Forme, (Université Paul Sabatier, Toulouse), Pascal Fouqué (Université de Toulouse), Alexandre Gallenne (Observatoire de Paris), Anne-Lise Gautier (LESIA Observatoire de Paris), Mathieu Génois, (Université Paris Diderot), Martin.Giard (IRAP, CNRS-Université de Toulouse), Julien N. Girard (LESIA Observatoire de Paris-Meudon), Éric Gourgoulhon (Observatoire de Paris / CNRS / Université Paris Diderot), Philippe Grandclément (Observatoire de Paris), Jean-Pierre Guelfucci (Université Toulouse 3), Bruno Guillet (Universite de Caen Basse Normandie), Jean-Louis Heudier (Observatoire de la Cote d'Azur), Henk Hilhorst (Université Paris XI), Peter Horvathy (LMPT, Universite de Tours), Elsa Huby (LESIA Observatoire de Paris)), Cyril Hugonie (UM2, Montpellier), Emmanuel Humbert (Université de Tours), Pierre Jean (Université de Toulouse), Marc Knecht (CNRS - Université Aix-Marseille), Laurent Koechin (IRAP Université de Toulouse), Christoph Kopper (CPHT Ecole Polytechnique), Daniel Kunth (Institut d'Astrophysique de Paris), Jean-Michel Lamarre (LERMA, Observatoire de Paris), Xavier Lambert (Université de Toulouse II), Laurent Lamy (LESIA Observatoire de Paris), Jean-Pierre Lasota (CNRS-Institut d'Astrophysique de Paris), Julien Lavalle (CNRS- Université Montpellier II), Vincent Le Brun (Laboratoire d'Astrophysique de Marseille- Université d'Aix-Marseille), Michèle Leduc (Laboratoire Kastler Brossel CNRS), Alain Léger (Institut d'Astrophysique Spatiale, Orsay), Roland Lehoucq (CEA Saclay), Francois Lignières (Université de Toulouse), Marceau Limousin (Laboratoire d'astrophysique de Marseille), Raphaël Loubère (CNRS-Université de Toulouse), Brice Lousteau (Université de Toulouse), Jean-Pierre Luminet (CNRS-Observatoire de Paris-Meudon), Bruno Macke (Université Lille I -CNRS.), Jacques Magnen (CPT Ecole Polytechnique), Gary Mamon (Institut d'Astrophysique de Paris), Michel Marcellin (CNRS-LAM, Marseille), Jean-Baptiste Marquette (CNRS/UPMC - IAP), Jérome Martin (CNRS-Paris 6), Jean Matricon, Loïc Maurin (Université Paris-Diderot), Philippe Mathias (Université de Toulouse), Roya Mohayaee (Institut d'Astrophysique de Paris), Léonard Monsaingeon (Institut de Mathématiques de Toulouse), Miguel Montargès (Observatoire de Paris - Meudon), Bertrand Monthubert (Université de Toulouse)  , Patrick Mora (CNRS-Ecole polytechnique), Stéphane Munier (CNRS-École Polytechnique), André Neveu (UM2, Montpellier), Eric Nuss (LUPM, Université Montpellier 2), Alain Omont (CNRS-Institut d'Astrophysique de Paris), Henri Orland (IPhT CEA Saclay), Jean Orloff (Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand), François Pajot (CNRS-Université Paris Sud), Thibaut Paumard (Observatoire de Paris), Roser Pello (Université de Toulouse), Daniel Péquignot (Observatoire de Paris-Meudon), Guy Perrin (LESIA Observatoire de Paris), Jose-Philippe Perez (Université de Toulouse), Denis Pesme (CPT Ecole Polytechnique), Patrick Peter (CNRS-Institut d'Astrophysique de Paris), Patrick Petitjean (Institut d'Astrophysique de Paris), Bernard Pire (CPT Ecole Polytechnique), Cyril Pitrou (Institut d'Astrophysique de Paris), Etienne Pointecouteau (CNRS - Université de Toulouse), Jean-Loup Puget (Institut d'Astrophysique Spatiale, Orsay), Denis Puy, (Université des Sciences Montpellier II), Eric Ragoucy (CNRS-LAPTH Université de Savoie), Damien Rambaud (IRAP, Université de Toulouse), Laurent Ravera (CNRS - Université de Toulouse), Michel Rieutord (Université de Toulouse), Christophe Ringeval (Uniersité de Louvain), Françoise Roques (Observatoire de Paris-Meudon), Cyrille Rosset (CNRS-APC-Paris 7), Daniel Rouan (Observatoire de Paris-Meudon), Carlo Rovelli (Université Aix-Marseille), Lionel de Sá (CEA/DSM/SAp & LERMA Observatoire de Paris), Pierre Salati (Université de Savoie), Arnaud Sevin (LESIA Observatoire de Paris), Paul Sorba (LAPTH Université de Savoie), Geneviève Soucail (Université de Toulouse), Mark Spivakovsky, (CNRS-Institut de Mathématiques de Toulouse), Danièle Steer (Universite de Paris 7), Jean-Francois Sygnet (CNRS-Institut d'Astrophysique de Paris), Pascal J. Thomas (Institut de Mathématiques de Toulouse), Frank Thuillier (LAPTH Université de Savoie), Petar Todorov (Observatoire de Paris), Laurence Tresse (Laboratoire d'Astrophysique de Marseille), Marie Treyer (Laboratoire d'Astrophysique de Marseille), Jean-Philippe Uzan (CNRS-Institut d'Astrophysique de Paris), Bruno Vallette (Université de Nice Sophia-Antipolis), Charlotte Vastel (Observatoire Midi-Pyrénées), Sébastien Vauclair (Cosmodiff Toulouse), : Jean-Claude Vial (Institut d'Astrophysique Spatiale, Orsay), Alfred Vidal-Madjar (Emerite, IAP-CNRS-UPMC), Daniel Vignaud (Universite de Paris 7), Jacques Vigué (LCAR, CNRS - Université de Toulouse, UPS), Chrsitiane Vilain (LUTH Observatoire de Paris-Meudon), Loïc Villain (Université de Tours), Frédéric Vincent (Université Paris 7), Jean-Paul Zahn (Observatoire de Paris) , Yves Zolnierowski (Université de Savoie)

 

Fabien Besnard, EPF : « Le rayon "science" des grandes librairies, coincé entre "ésotérisme" et "développement personnel", était déjà encombré de la physique "Canada dry" des frères Bogdanov, mais voici qu’un ancien professeur à Harvard (c’est écrit sur la couverture), connu pour un site internet tout en nuances, prend leur défense. L’argumentation, si l’on tient à employer ce mot, est simple à résumer : seules les théories qui ont lien avec celle des cordes peuvent être cohérentes (p. 199), tout ceux qui prétendent le contraire sont des idiots (cf. p. 105 où l’auteur nous annonce en toute modestie être devenu une sorte "de messie" pour avoir prouvé une conjecture au sein d’une théorie adverse). Or les premiers à avoir relevé les absurdités des articles des Bogdanov n’étaient pas des théoriciens des cordes, par conséquent les Bogdanov méritent d’être défendus. Bref, les ennemis de mes ennemis sont mes amis, et il n’en fallait pas plus au Pr. Motl (vous ai-je dit qu’il avait enseigné à Harvard ?) pour signer un livre à la gloire des jumeaux. Le style de l’auteur, qu’on pourrait comparer à celui d’un guide pour touristes japonais (à gauche la lunette de Galilée,  à droite la pomme de Newton ), le petit ton supérieur en plus, est parfois très bogdanovien, notamment dans l’introduction, toute en emphase ("les secrets ultimes de l’univers") et en bourdes ("Alexander Euler"). Brisons le suspense : vous ne trouverez nulle trace d’équation Bogdanov dans ce livre. Mais en le refermant, vous aurez définitivement résolu l’équation Motl. »

V.D.

 

 
25 avril 2012

Le Front national : à la conquête du pouvoir ?

Blog dézé
Du Front national à ses électeurs, les interrogations sont nombreuses dans cet entre-deux-tours de l’élection présidentielle. Maître de conférences en science politique à l’Université Montpellier 1 et chercheur au CEPEL, Alexandre Dézé a publié au mois de février dernier une étude substantielle sur l'évolution du parti frontiste, préfacée par Nonna Mayer (Armand Colin, coll. « Eléments de réponse », 192 p., 18 €). Cette question de la transformation du Front national permet à l’auteur de réfléchir à son avenir en fournissant un bilan critique de la stratégie de « normalisation » (ou de « dédiabolisation ») entreprise par sa nouvelle présidente Marine Le Pen. La mise en œuvre d’une telle stratégie implique notamment à terme l’abandon des référents identitaires les plus radicaux du parti. Or, l’organisation frontiste ne s'est jamais complètement résolue à franchir ce cap, sinon de manière ponctuelle lors des élections régionales de 1998 (les accords locaux avec la droite s’étaient alors conclus sur la base d’un programme minimum commun dans lequel le FN avait renoncé à la préférence nationale). Marine Le Pen a certes commencé à prendre ses distances avec certaines positions défendues par son père. Par ailleurs, le débat sur la transformation du FN a été lancé dans les médias depuis un an. Mais d’une part, le programme du Front national reste pour l’heure inchangé, et d’autre part, il ne faut pas oublier que le FN ne constitue pas un parti unifié et homogène. Deux handicaps qui peuvent nuire à son avenir immédiat, notamment en termes d’alliances électorales. Répondant hier à l’AFP qui l’interrogeait sur les chances de voir le Front national capitaliser son bon résultat du premier tour de la présidentielle aux législatives de juin, un « 3e tour » dont il veut sortir avec des députés, tout en appuyant sur les plaies de l'UMP, Alexandre Dézé rappelait que « ce n'est pas la première fois que le FN veut se positionner en leader de l'opposition de droite [...] C'est exactement ce sur quoi misait Jean-Marie Le Pen face à la droite RPR-UDF ».

Vincent Duclert