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avril 2010

30 avril 2010

Le système dette

Blog dette
Le Système Dette

est une démonstration qui se veut implacable des mécanismes mondiaux d’étouffement des sociétés et des Etats au seul profit des économies occidentales et de leur enrichissement sans entraves. L’album en deux volets est édité conjointement par Syllepse et le Comité pour l’annulation de la Dette du tiers monde (CADTM) auquel militent les auteurs, le dessinateur Frédéric Chauvreau, professeur d’arts plastiques, et le scénariste Damien Millet, professeur de mathématiques en classes préparatoires et porte-parole du CADTM France. Tous les deux ont déjà produit la BD Dette odieuse en 2006 (Le Système Dette, tome 1, La Paz, tome 2, Kinshasa, 2009, 48 p., 15 €).

Il s’agit bien, avec le Système Dette, d’une vigoureuse charge contre « l’un des mécanismes fondamentaux par lesquels s’effectue la domination sur les peuples du Sud », et d’une action de soutien pour l’action du CADTM, un réseau international présent dans 25 pays qui « revendique l’annulation totale et inconditionnelle de la dette extérieure publique des pays en voie de développement et l’abandon des politiques néolibérales qui leur sont imposées. S’y ajoutent des revendications comme l’expropriation des biens mal acquis par les élites corrompues et leur rétrocession aux peuples, la suppression des paradis fiscaux, l’instauration de mécanismes de redistribution équitable des richesses à l’échelle planétaire, la réforme agraire radicale, la reconnaissance dune dette historique et écologique à l’égard des populations du Sud…. » Ces objectifs sont précisés sur la dernière page de l’album qui propose même au lecteur de « rejoindre ce combat essentiel » en contactant le CADTM ou commander un ouvrage qu’il publie.

La démarche très militante ne retire rien, pour autant, à l’album de BD qui nous est proposé par Chauvreau et Millet. Les auteurs ont en effet innové dans les deux domaines qui définissent selon nous l’art bédé, d’une part la force du scénario, de l’autre la qualité du dessin. Tout commence lorsqu’une jeune journaliste d’un quotidien de gauche bolivien, Juanita Vega, couvre une manifestation contre la pauvreté et l’actuel président Sanchez de Lozada, « ce millionnaire qui gouverne le pays le plus pauvre de l’Amérique du Sud » et qui l’affame avec le soutien des multi-nationales américaines. Rien de plus convenu ici, sauf que, pour échapper aux tires à balles réelles des forces de l’ordre, elle se réfugie avec son compagnon au domicile de l’avocat Paul Martigny, ancien conseiller de ledit président. Celui-ci a rompu depuis avec « ces gens-là » et leurs pratiques. Parce que sa fille s’appelle aussi Juanita, il charge la journaliste du soin de mener une vaste enquête sur les enjeux et les acteurs du système international de la dette. La jeune femme accepte, d’autant qu’elle est menacée par les escadrons de la mort boliviens. Elle commence par Washington afin d’ausculter les uns après les autres les rouages institutionnels d’un système mondial organisant l’inégalité et la misère au Sud pour favoriser la prospérité et la richesse au Nord. Partant ensuite pour le Viet-Nam afin d’enquêter sur Robert Mc Namara, ancien PDG de Ford, passé au secrétariat d’Etat à la Défense de 1961 à 1968 et artisan à ce titre de l’engagement américain dans la péninsule indochinoise, et devenu ensuite président de la Banque mondiale sous le mandat duquel elle s’est spécialisée dans l’endettement du tiers monde en lui octroyant des prêts massifs sans finalité réelle de développement. Gagnant le Chili, elle découvre comme la Banque mondiale et le FMI ont violé leurs propres statuts prévoyant que ces institutions économico-financières n’interféreront pas dans les affaires politiques d’un quelconque membre. « Revenons à Allende, explique Florencia qui a accueilli Juanita à Santiago et qui fut une opposante à la dictature. Il n’a reçu aucun prêt de la Banque mondiale, mais, après 1973, celle-ci a accepté de nouveau de prêter au Chili ».

Continuant en Amérique du Sud, Juanita rejoint ensuite l’Afrique, illustrant l’efficacité de la « forme enquête ». Celle-ci est soutenue par un dessin original qui emprunte aux styles différents des peuples du monde et à la matérialité des documents établissant cette histoire. Millet réussit là, lui aussi, un pari qui n’était pas acquis au départ. Ce double succès d’écriture fait du Système Dette un album bien intéressant.

Vincent Duclert

29 avril 2010

Evry Schatzman (1920-2010)

Blog evry
L’astrophysicien Evry Schatzman est décédé à Paris le 25 avril, dans sa quatre-vingt-dixième année. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, médaille d’or du CNRS (1983), membre de l’Académie des sciences, il mena une double carrière de chercheur et de professeur, marquée par d'essentielles découvertes scientifiques et rythmée par la publication d'ouvrages de référence. Il fit partie des 28 portraits photographiques et littéraires réunis par Marian Schmidt dans un livre de 1990, Hommes de science (préface d’Hubert Curien, Hermann éditeurs des sciences et des arts). Il y évoqua la fin tragique de son père, arrêté à Paris le 12 décembre 1941 et déporté à Auschwitz « où l’on suppose qu’il fut gazé dès son arrivée » Par fidélité à son père et par conviction de savant, Evry Schatzman défendit sans relâche la pensée rationaliste contre les assauts de l’irrationalisme.

Après l’arrestation de son père qu’il évoqua dans un autre texte autobiographique, « The Desire to Understand the World » (Annual Reviews Astron. Astrophys., 1996), il décida de gagner la zone non occupée, et il se réfugia à Lyon. Il fut accueilli dans le laboratoire de physique de Max Morand. « A l’automne 1942, expliqua-t-il à Marian Schmidt, je m’aperçus que cet établissement était une pépinière de résistants et j’entrepris de les aider en tirant des tracts, la nuit, dans les locaux de la faculté ». Puis il gagna un autre foyer de recherche et de résistance, l'Observatoire de Haute-Provence dirigé par Jean Dufay. Il y forgea sa vocation d'astrophysicien.   

Vincent Duclert

Je recommande la page rédigée en son hommage, sur le site de l’Institut national des sciences de l’univers (CNRS) https://www.insu.cnrs.fr/co/ama09/evry-schatzman-rejoint-les-toiles, ainsi que le portrait que son très proche ami et collègue Jean-Claude Pecker publie aujourd’hui dans Le Monde.

28 avril 2010

Denis Guedj (1940-2010)

Blog denis guedj
Denis Guedj, mathématicien, écrivain, épistémologue et vulgarisateur, est décédé à l’âge de 69 ans. Nous le connaissions bien aux Pages Livres de La Recherche où il accordait toujours beaucoup d’attention au traitement que le journal faisait de ses ouvrages, depuis Zéro ou les cinq vies d’Aémer (Robert Laffont, 2005), ou les aventures du zéro qui commencent en Mésopotamie, jusqu'à Villa des hommes qui se situe en 1917, en pleine guerre, lorsqu’un vieux mathématicien allemand rencontre un jeune soldat français. Nous l’avions fréquemment au bout du fil. Il était l’homme-orchestre de sa vie publique et de celle des sciences dans la société, les mathématiques surtout qu’il sut transformer en sujet de roman épique. Le premier acte de cette nouvelle approche fut sans conteste Le Théorème du perroquet (Le Seuil, 1998), romançant avec talent la naissance des mathématiques, un livre qui assura sa notoriété d’auteur, suivi du Mètre du monde (Le Seuil, 2000) où il comptait l’odyssée du système métrique. En 2008, il était revenu vers Le Seuil en publiant Les mathématiques expliquées à mes filles, comme l’hommage à ses proches qu’il devait quitter trop tôt ce samedi 24 avril.

Vincent Duclert

Photographie reprise de sa page personnelle : https://pagesperso-orange.fr/mondalire/guedj_denis.htm 

Ce site s'ouvre sur cette parabole : "Il faut aux vérités de la science de belles histoires pour que les hommes s'y attachent."

20 avril 2010

Itinéraires d'un géologue

Blog michel
Puisqu’un phénomène volcanique perturbe gravement l’espace aérien et, par contre-coup, l’ensemble de l’économie des transports et nos représentations de la nature, intéressons-nous à la réflexion d’un géologue. Dans un bel ouvrage illustré, bien conçu et très intéressant, François Michel propose une succession de paysages géo-morphologiques qui s’ouvrent, honneur oblige, sur les volcans de la terre. Les photographies, splendides et didactiques, sont l'oeuvre pour la plupart de l'auteur. L'ouvrage est co-édité par Belin et le Bureau de recherches géologiques et minières (Paysages, 2009, 255 p., 32 €).

Vincent Duclert

13 avril 2010

Les derniers jours d’un immortel

Blog chat
La science-fiction apprécie depuis longtemps de jouer avec l’immortalité et avec les rencontres entre civilisations. Une nouvelle bande dessinée propose une variation intéressante et maîtrisée sur ces thèmes. Imaginée par Fabien Vehlmann et dessinée par Gwen de Bonneval, elle est publiée par Futuropolis (Les derniers jours d’un immortel,, 2010, 152 p., 20 €).

Dans un avenir lointain, les hommes ont acquis la possibilité d’être immortel et de se dédoubler. Par ailleurs, ils sont régulièrement confrontés à de nouvelles civilisations. Dans ce cadre, le personnage principal Elijah est un membre de la « Police Philosophique ». Compte tenu de l’immortalité des êtres, la police n’a en effet plus à enquêter sur des meurtres mais sur des conflits qui le plus souvent sont dus à l’incompréhension face à d’autres cultures. Parmi plusieurs affaires qu’il doit gérer en même temps grâce à ses « échos », sorte de clones, la plus complexe concerne une guerre sur une planète étrange qui semble lié à un crime très ancien. Ce conflit met en danger l’ensemble de l’univers et en comprendre les sources n’est pas une mince affaire d’autant qu’il touche aux représentations rituelles des deux civilisations en lutte. En parallèle de cette enquête, Elijah s’interroge aussi sur l’immortalité, sur ses « échos » et sur le sens de sa vie dans un monde privé de mort.

Le choix de la bichromie accompagne parfaitement ce récit limpide très bien structuré et au dessin simple. Les deux auteurs, trentenaires, avaient déjà travaillé ensemble sur la série Samedi et dimanche publié chez Dargaud dans la collection d’humour Poisson pilote. Une partie de l’intrigue avec les difficiles rencontres de civilisation n’est pas sans rappeler les trois opus de la classique Guerre éternelle publiée sous la signature de Joe Haldeman et Marvano dans la collection Aire Libre à la fin des années 1980.

Alain Chatriot

09 avril 2010

Du collège de France à l’indignité nationale

Blog compagnon
Les ouvrages d’Antoine Compagnon, professeur au Collège de France et à l’université de Columbia, sont toujours attendus parce qu’ils représentent un moment de la recherche dans un domaine, la littérature, où l’on n’imagine pas toujours l’importance des apports scientifiques. Avec Connaissez-vous Brunetière ? , il avait démontré comment le mariage de l’érudition, d’une compréhension de l’œuvre et de l’auteur, et d’une approche méthodique des enjeux collectifs et politiques auxquels sont soumis les intellectuels produisait des livres achevés et passionnants. Comment, par la recherche et son écriture, Compagnon pouvait traverser les légendes et la réputations et atteindre une vérité des existences, pour comprendre l’itinéraire de lettrés, de savants et de professeurs, depuis les rivages du savoir noble jusqu’aux obscurités de la compromission avec l’antidreyfusisme militant, le cas de Brunetière, ou la Collaboration idéologique, le cas de Bernard Faÿ auquel est consacré son dernier ouvrage (Le cas Bernard Faÿ. Du collège de France à l’indignité nationale, Gallimard, coll. « La suite des temps », 2009, 211 p., 21 €) . Professeur un temps à Columbia, professeur au Collège de France, Faÿ est nommé administrateur général de la Bibliothèque nationale le 5 août 1940 en remplacement de Julien Cain que le gouvernement de Vichy venait de relever de ses fonctions, parce que juif (et républicain). Il devint un agent zélé du collaborationnisme et le principal artisan de la politique antimaçonnique de Vichy. Le 19 août 1944, il est arrêté, puis condamné aux travaux forcés à perpétuité et à l’indignité nationale. Il s’évade en 1951, se réfugie en Suisse, est gracié par René Coty, meurt en 1978. Fin de partie pour un intellectuel français. Mais le mystère demeure entier, explique Antoine Compagnon : « Comment un homme aux principes rigides et qui appartenait à l’élite intellectuelle de la nation a-t-il pu basculer si vite dans la basse police, s’affranchir de tout sentiment non seulement d’humanité mais même de distinction, et se mettre à trafiquer avec des officiers nazis subalternes et la canaille antisémite indigène ? » Pour répondre à cette question centrale, l’auteur cherche des réponses dans les ouvrages déjà publiés sur Bernard Faÿ et l’histoire des bibliothèques sous l’Occupation, y revenant souvent comme dans une longue et libre lecture de l’historiographie. Le livre peut paraître au final inachevé, laissant le lecteur sur sa faim. Il n’en a pas moins affronté une interrogation morale sur les limites de l’éthique démocratique venue des savoirs et de leur enseignement.

Blog simonin
Sur la notion d’ « indignité nationale », nous renvoyons à la recherche d’Anne Simonin, chargée de recherche au CNRS, auteur d’une habilitation à diriger des recherches en 2006 publiée sous le titre Le déshonneur dans la République. Une histoire de l’indignité 1791-1958 (Grasset, 2008, 766 p., 26,90 €). Un monument d’érudition et de réflexion.

Vincent Duclert

07 avril 2010

Géopolitique des Empires

Blog chaliand
Gérard Chaliand, spécialiste incontesté de géopolitique, apporte une nouvelle pierre à sa démonstration des espaces comme sources des conflits internationaux. Plongeant dans l’histoire des empires, il démontre l’historicité profonde de ces affrontements, dans une Géopolitique des Empires. Des Pharaons à l’imperium américain, conçue avec Jean-Pierre Rageau et fondée sur une lecture exemplaire de cartes (Arthaud, 430 p., 29,90 €) : « une géopolitique des empires, centrée sur la longue durée, n’a jamais été tentée. Notre entreprise s’efforce de combler cette lacune », écrivent d’emblée les auteurs, avant de préciser : « le concept d’empire peut être défini, avec plus ou moins de précision, par la domination exercée par un groupe humain sur des populations aux origines ethniques ou religieuses différentes. Il implique l’expansion territoriale réalisée par la violence ou l’intimidation ». 

Vincent Duclert

01 avril 2010

Histoire croisée

Blog anahide
Anahide
, album de la série Fleury-Nadal qui s'intègre dans le Décalogue du scénariste Frank Giroud est paru en novembre 2009. Avec Didier Courtois pour le dessin, il exprime d’une manière tout à fait remarquable l’histoire en train de s’écrire – entre mémoire arménienne et conscience turque (Anahide. Les Fleury-Nadal, T.4, Glénat, coll. Grafica, 2009, 56 p., 13 €). En ce mois d’avril 2010, le 95e anniversaire du déclenchement, à Constantinople, du génocide perpétré par les responsables du parti Union et Progrès contre la grande minorité arménienne, justifie aussi de consacrer notre chronique à cet album. Rappelons que pourtant réputée fidèle, la minorité arménienne avait été désignée par les ultra-nationalistes turco-ottomans comme traître et menaçante. En 1915, près d’un million d’Arméniens furent arrachés à leurs foyers, déportés sur les routes d’Anatolie, massacrés en chemin ou précipités dans les grottes du désert syrien, leur ultime destination. Aujourd’hui encore, et par une incompréhensible solidarité avec les génocidaires que le père de la Turquie moderne avait commencé de combattre, les responsables politiques turcs nient une quelconque intention génocidaire, banalisent les massacres, invoquent même, comme les négationnistes rwandais, le fait d’un double génocide. Pourtant, en Turquie même, parmi des franges éduquées de la société, un retour salutaire s’opère sur ce passé terrifiant et refoulé. À l’instar de l’avocate Fethiye Cetin qui a découvert la vérité sur sa grand-mère, une orpheline arménienne enlevée par une famille musulmane au moment du génocide et du massacre de ses parents, de nombreux Turcs se penchent sur leur histoire pour apprendre le récit du destin de ces enfants ou jeunes filles arméniennes devenues parties-prenantes de la société nationale. Alors que les Arméniens ne sont plus aujourd’hui que quelques dizaines de milliers, leur importance soudain éclate puisque 100 000 enfants au moins ont été enlevés à leurs familles martyrisées pour servir d’esclaves dans le pire des cas, ou pour être adoptées dans le meilleur tout en perdant leur identité, leur passé.

C’est cette double histoire que raconte Anahide. Les vingt premières pages décrivent le départ de sa famille brutalement chassée par les gendarmes ottomans de leur demeure de Trebizonde, la marche de la mort et le massacre des siens, son enlèvement par un cavalier kurde, sa mise en esclavage y compris sexuel, sa fuite. Soudain, l’album change de temps, les couleurs sont d’aujourd’hui. Esma, une jeune femme entre dans le commissariat de Baïburt à la recherche de sa grand-mère. La police finit par la retrouver : « elle était partie voir la mer ». Quittant la ville, les deux femmes croisent une manifestation nationaliste. L’Union européenne vient de reconnaître le génocide arménien. Elles s’arrêtent sur une route. La vieille dame vacille. Elle reconnaît l’endroit où tous, « Alice… Soghomon… Eva… Mme Parseghian… la mère d’Aram… c’est ici que les Turcs les ont tués avec tous les autres ». Elle révèle alors à sa petite fille qu’elle est une « gavour », une infidèle, qu’elle n’est pas Filiz Okyar, qu’elle n’est pas née à Kefkir où son père était officier : elle s’appelle en réalité Anahide Zakarian et elle est née à Trebizonde. « Il est vrai que pendant longtemps, ajoute-t-elle, je n’ai eu aucune conscience de ce que signifiait être arménienne [...], jusqu’à ce matin de printemps au début de la guerre ». Après sa fuite loin des Kurdes, elle a été capturée par le capitaine Okyar qui l’a adoptée, sa femme ne pouvant avoir d’enfants. À dix-sept ans, elle a épousé le receveur des postes de Kefkir. Puis la famille est partie en Allemagne.

La dernière partie de l’album raconte l’arrivée des deux femmes devant l’ancienne maison de Trebizonde, la conscience responsable du couple turc qui l’habite : préparé à cet instant, il avoue à ses hôtes que « lorsqu’un pays refuse de regarder son histoire en face, ce n’est jamais un signe de très bonne santé démocratique ! ». C’est aujourd’hui le contraire qui se passe dans la société turque, en témoigne l’exceptionnelle pétition de demande de pardon du 15 décembre 2008 adressée aux « sœurs et frères arméniens » et signée par 30 000 Turcs, au grand dam des nationalistes et du gouvernement criant à la trahison. Epuisée par l’événement, mais heureuse et apaisée, Filiz Okyar meurt le lendemain de leur arrivée à Trebizonde. Sa petite fille, accompagnée de l’hôte turc de l'ancienne maison arménienne, déclare sa mort aux autorités en lui redonnant son identité arménienne.

Un album exceptionnel donc, esthétiquement et politiquement, soulignant la possible réconciliation des peuples par la vérité de l’histoire.

Vincent Duclert