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septembre 2008

30 septembre 2008

Micro & nano

Blog_alliage La revue Alliage sous titrée « Culture, science, technique » a consacré son dernier numéro (62, 15 p., 18 €) au sujet du « micro & nano ». Pas moins de douze contributions nourrissent cette livraison dont une étude sur « quelques représentations de la nanotechnologie dans le manga » due à Bouthavy Suvilay. C’est l’occasion d’insister sur l’entrelacement très réussi du texte et de l’image dans cette revue qui devient un véritable objet esthétique autant que le lieu de la transmission et de la production d’un savoir collectif. Les encres sur papier de l’artiste new yorkais Jacob El Hanani ouvrent ce numéro, et le texte rédigé originellement pour l’exposition de l’artiste à Oakland (Mills College) par Arthur Danto est présenté dans une traduction de Jean-Marc Lévy-Leblond, le directeur de la publication d’Alliage.

Vincent Duclert, EHESS

29 septembre 2008

Histoire du CNRS

Blog_cnrs De 1988 à 1990, dix Cahiers pour l’histoire du CNRS se succédèrent, issus des travaux collectifs et individuels menés dans le cadre du cinquantenaire de l’établissement. La matière réunie, articles de fond ou témoignages d’acteurs, était souvent de qualité et dépassait le sujet stricto-sensu du CNRS et de sa naissance pour toucher aux questions cruciales de la politique scientifique. Cet élargissement était inévitable tant le CNRS fut au cœur de la « mobilisation scientifique » des années trente et de la Libération. Jean-François Picard, qui signa l’une des premières contributions (« La longue marche vers le CNRS, 1901-1945 », avec Elisabeth Pradoura) a eu la bonne idée de mettre en ligne une partie du contenu de ces dix Cahiers, désormais facilement accessible en ligne. https://www.histrecmed.fr/sommaire_cahiers.html 

Vincent Duclert, EHESS

26 septembre 2008

Religion et politique

Blog_terrain_2 La revue d’ethnologie Terrain, éditée par la Maison des sciences de l’homme de Paris et la sous-direction Archéologie et ethnologie du ministère de la Culture, s’intéresse dans son dernier numéro (51, septembre 2008, 181 p., 16 €), aux relations entre religion et politique. C’est d’actualité ! Et, en même temps, c’est une problématique centrale des sociétés depuis leur avènement. « On constate partout le développement récent d’un espace dans lequel des acteurs, institutions, pratiques, dispositifs et dispositions du politique et du religieux interagissent sous tous les rapports et à tous les niveaux, se combinant selon des formules toujours renouvelées, s’empruntant mutuellement des techniques et des savoir-faire, mais aussi des enjeux de mobilisation », écrit Elisabeth Claverie qui a conçu le dossier. Il arrive aussi que des situations politiques, dans un contexte de demande sociale pour des figures héroïques, suscitent du religieux et que celui-ci irradie l’espace public. C’est le cas, très bien étudié par Deborah Puccio-Den, chercheuse à l’Institut Marcel-Mauss, des juges antimafia assassinés en Italie et particulièrement du plus emblématique d’entre eux, Giovanni Falcone, objet d’un véritable culte en Sicile. Au cœur de ce culte, un arbre, un magnolia qui dresse sur le parvis de sa résidence. Celui-ci va recevoir de multiples offrandes adressé au saint laïc.

Vincent Duclert, EHESS

25 septembre 2008

Le défi d'Obama

Blog_obama_3_3 L’Amérique de Barack Obama, des chercheurs américanistes François Durpaire et Olivier Richomme, paru en 2007 aux nouvelles et dynamiques éditions Démopolis, et réédité avec une substantielle mise à jour après l’investiture démocrate d’août 2008 (224 p., 19 €), est un ouvrage très utile pour une introduction à la campagne présidentielle américaine et les enjeux considérables qu'elle recèle. C’est du reste l’unique biographie écrite en langue française sur le candidat et elle a rencontré un succès mérité dans un public large, curieux de comprendre le « phénomène Obama ». Pour ceux qui connaissent les Etats-Unis ou pour les tenants de l’histoire politique, cet ouvrage, même augmenté, conserve ses faiblesses, c’est-à-dire une complaisance trop appuyée pour son sujet – même si Obama fascine, incontestablement, ce n’est pas le lieu ici de la confusion des genres * – et une faible inscription dans la longue durée politique américaine. On pourra lire alors The Conscience of a liberal excellemment traduit par Paul Chemla, mais affublé d’un titre médiocre, L’Amérique que nous voulons (Flammarion, 353 p., 22 €). Dans cet ouvrage dense, écrit sur un rythme soutenu, l’auteur, économiste à l’université de Princeton et éditorialiste du New York Times suggère le défi qui attend Obama : devenir un nouveau Roosevelt et ne pas se contenter de faire du Clinton ou d’incarner un nouveau Kennedy. Ce sera la clef de son éventuelle victoire. L’actualité économique et sociale l'oblige désormais à se saisir sans tarder de la première des opportunités.

Vincent Duclert

*La réédition augmentée est réalisée en partenariat avec le Comité français de soutien à Barack Obama : https://www.franceforbarackobamablog.com/2008/09/16/lamerique-de-barack-obama-a-lire/

24 septembre 2008

Langues au pouvoir

Blog_loubier Pour la première fois dans l’histoire de la République, un débat sur les langues régionales était organisé en mai dernier à l’Assemblée nationale. Dans la foulée, un amendement, voté dans le cadre de la réforme des institutions, préconisait d’inscrire dans la Constitution que les langues régionales appartiennent au patrimoine culturel de la France. Cette reconnaissance de la richesse linguistique s’était dans un premier temps heurtée au refus du Sénat qui y voyait une atteinte à l’identité nationale. Mais le Parlement, réuni en Congrès le 21 juillet pour entériner la réforme des institutions, avait finalement voté l’amendement. Cette épisode qui a trouvé un certain écho dans les médias grâce à la mobilisation des députés bretons, corses, alsaciens et des associations qui luttent pour préserver les langues régionales, traduit l’une des facettes de la lutte que se livrent les langues, et à travers elles, les rapports de force existant entre les communautés linguistiques. L’ouvrage que Christiane Loubier vient de publier (Langues au pouvoir. Politique et symbolique, 2008, l’Harmattan, 242 p., 23 €) propose une réflexion bien venue sur ces luttes et rapports de force entre les langues, qui sont analysés dans le cadre de l’aménagement linguistique de non sociétés. L’intérêt de l’étude est de privilégier une conception d’aménagement linguistique comme une dynamique d’adaptation multidimensionnelle entre la langue et la société. Deux types d’aménagement linguistique sont relevés : l’autorégulation sociolinguistique, qui fait référence à l’intervention des usagers sur leur langue et la régulation liée l’intervention d’acteurs officiels, tels que l’Etat, décideurs, politiques. Mais le constat est vite fait du poids déséquilibré de chaque intervention sur les destinées des langues. Le système d’autorité, le pouvoir de chaque appareil étatique, les idéologies des institutions politiques déterminent, comme dans le cas des langues régionales en France, la nature des droits et le type de reconnaissance qui sont accordés ou refusés aux individus et aux groupes linguistiques. Si la diversité linguistique et culturelle est le principal argument de la défense du français face à l’hégémonie de l’anglais, elle semble devoir tout autant profiter aux langues régionales.

Salih Akin, Université de Rouen

23 septembre 2008

La France préhistorienne

Blog_hurel Alors que le Dossier de la Recherche consacré à « la nouvelle histoire de l’homme. De Toumaï à Homo Sapiens » est toujours disponible en kiosque, intéressons-nous à l’étude d’Arnaud Hurel sur la France préhistorienne de 1789 à 1941 (CNRS éditions, 2007, 286 p., 28 €). Ce chercheur de l’Institut de paléontologie humaine du Muséum d’histoire naturelle s’est intéressé au premier processus d’institutionnalisation de l’archéologie préhistorique, jusqu’à la loi du 27 septembre 1941 promulguée sous Vichy à l’initiative du secrétaire d’Etat à l’Education nationale et à la jeunesse Joseph Carcopino, « étape ultime d’un processus » visant à doter la discipline d’un cadre national et réglementaire. Durant près d’un siècle et demi, l’ambition des préhistoriens français fut la reconnaissance de leur science, mais en dehors de tout cadre institutionnel risquant de brider les fouilles qui se multiplièrent, souvent de manière anarchique. Néanmoins, les préhistoriens étaient contraints de s’organiser et de disposer d’institutions, comme le Musée des antiquités nationales créé en 1862 et installé dans le château de Saint-Germain-en-Laye près de Paris. Réexaminer la constitution de l’archéologie préhistorique à la lumière de son institutionnalisation constitue une approche non dénuée de vertus : ces dernières « résident dans un accompagnement parfois décisif, de l’élaboration du savoir historique, chacune des étapes de ce processus fait alors office de "marqueur" dans une perspective globale où la science est appréhendée comme une "activité collective, organisée en des lieux et à travers des institutions" [selon l’historien des sciences Dominique Pestre] ». Les dernières pages de l’étude abordent la question de l’interprétation de la loi de 1941, qui porte incontestablement la marque de l’idéologie de Vichy. Les pleins pouvoirs accordés au maréchal Pétain permettaient d’imposer comme des décrets gouvernementaux des textes de loi et la situation de l’Occupation amena l’Etat français à s’abstraire de la tradition du droit de propriété privée et à établir un cadre contraignant pour les fouilles françaises. Arnaud Hurel ne suit pas cependant l’analyse de Laurent Olivier qui considère cette loi comme « un dispositif conçu pour promouvoir une réécriture du passé national discréditant l’héritage républicain, et pour justifier une politique de collaboration avec l’Allemagne nazie ». Il s’appuie sur le fait que la réglementation des fouilles archéologiques décidée par Vichy va constituer « à quelques aménagements juridiques et techniques près, le cadre d’exercice de l’activité de l’archéologie métropolitaine jusqu’au début des années 2000 ». La controverse est intéressante, et elle mérite des travaux supplémentaires, y compris en direction de l’archéologie en milieu colonial. Mais d’ores et déjà l’étude d’Arnaud Hurel est une belle contribution à l’histoire institutionnelle des savoirs comme vecteur de leur connaissance.

Vincent Duclert

22 septembre 2008

Observer le travail

Blog_travail Réunis depuis 2003, de nombreux chercheurs en histoire, sociologie, anthropologie, économie et gestion ont publié le résultat de leurs travaux sur le travail, sa perception, son évolution. Observer le travail. Histoire, ethnographie, approches comparées (La Découverte, coll. « Recherches », 2008, 351 p., 29 €), dirigé notamment par Yves Cohen, Pierre Fournier ou Nicolas Hatzfeld, est un ouvrage très important, pour trois raisons au moins. Sa faculté d’abord d’avoir su synthétiser de multiples travaux, données et études produits dans des cadres institutionnels et scientifiques différents, pour en donner une compréhension structurée et précise. Sa capacité de l’autre d’avoir rassemblé une grande partie des chercheurs, jeunes et moins jeunes, venus de disciplines nombreuses, et travaillant sur le sujet. Sa volonté enfin de déplacer les regards vers les pratiques - essentielles pour le travail -, « d’aller observer des situations, des espaces, des mondes de travail. Et, une fois sur place, d’étudier les liens qui se tissent au cours des pratiques concrètes de travail et d’organisation [...]. Il s’agit ici de saisir et de comprendre ce que font les gens au travail, par eux-mêmes et entre eux » Cette recherche des liens se réalise aussi entre le domaine d’étude et les savoirs mobilisés pour ce travail. L’ouvrage prouve que des enquêtes de terrain peuvent déboucher non seulement sur une transformation de la connaissance scientifique mais aussi sur une interrogation des chercheurs sur leurs démarches – contribuant ainsi un véritable progrès des sciences sociales et humaines. L'expérience même, pour certains chercheurs comme Nicolas Hatzfeld, du travail ouvrier, et la notion d'expérience individuelle dans le travail de recherche, sont abordées avec beaucoup d'intelligence réflexive et d'humanité critique. Une réussite !

Vincent Duclert

19 septembre 2008

Faire face

Blog_bensussan « En Grèce centrale, autour du Parnasse, la Phocide antique est un pays de passage, un carrefour où se rejoignent les deux routes de Delphes et de Daulis. A cette croisée des chemins, le héros tragique Œdipe crut pouvoir choisir entre l’une et l’autre route, mais l’épreuve de sa liberté l’amena à faire face au destin qu’il avait cherché à fuir. Il se révélera citoyen sur une terre dont il se croyait étranger. » Tel est le début de l’argumentaire présentant la maison d’édition La Phocide qui vient de voir le jour à Strasbourg et sa collection « Philosophie – d’autre part ». Faire face au bouleversement du monde, grâce à la philosophie, et fonder, dans cette expérience morale, une éthique de la connaissance, désignent incontestablement la pensée d’Emmanuel Levinas. Celle-ci fait l’objet du premier des livres de la collection, Ethique et expérience. Levinas politique, de Gérard Bensussan, professeur à l’université de Strasbourg (111 p., 19 €).

Vincent Duclert

18 septembre 2008

La tâche que s'assigne la poésie

Blog_bonnefoy « La conscience de soi de la poésie » est le thème du dernier numéro de la revue annuelle le Genre humain créée par Maurice Olender en 1981 (n°47, 2008, 430 p., 15 €). Celle-ci rassemble les contributions des colloques de la Fondation Hugot du Collège de France, entre 1993 et 2004. Cette livraison est doublement intéressante. D’accord par la résolution donnée par son maître d'oeuvre Yves Bonnefoy au problème qui se pose régulièrement à des chercheurs. Comment mettre en forme la matière éparse et néanmoins précieuse de colloques, séminaires, tables rondes, journées d’étude, qui portent sur un même sujet mais qu’il est nécessaire de retravailler à tel point que la possibilité d’une publication finit par s’éloigner définitivement ? Yves Bonnefoy s’en explique dans son ouverture, et, à la lecture du dossier, on comprend que ce sont tout à la fois le travail d’écriture de chacun et la pensée d’ensemble du projet qui permirent à la publication de se faire. Ensuite, par le pouvoir de la réflexion d’aller au plus profond et au plus décisif. Par exemple, avec Jean Starobinski. Dans « Jour sacré et jour profane », il constate pour commencer que « le jour est l’une des expériences fondamentales de notre existence ». Il suit alors la trace de cette expérience chez les poètes. Et il découvre que « le temps diurne et le temps sacré sont dans un étroit rapport de matière à forme. Si le sacré et profane constituent, comme les anthropologues l’affirment, une structure contrastive, quel meilleur représentant symbolique imaginer, sinon le jour de commémoration ou de fête, s’isolant dans la suite des jours. A moins que ce ne soit l’instant, s’isolant dans la suite des heures ? [...] Cette trame est aussi le fond sur lequel peut s’enlever, dans sa fulgurance ou dans sa pointe angoissée, un instant de plus haute vérité. Accueillir cet instant de vérité, lui prêter une voix : si telle était aujourd’hui la tâche que s’assigne la poésie, elle aurait fonction, dans un monde profane, d’être la gardienne du sacré. »

Vincent Duclert, EHESS

17 septembre 2008

Critique d'un péplum

Blog_cthi Après le succès cinématographique de l'année 2008 Bienvenue chez les Ch’tis sorti en février 2008, détrônant le film culte de La Grande Vadrouille qui régnait depuis plus de 40 ans en France, la chercheuse en Histoire contemporaine, enseignante à l’Institut d’Etudes Politiques de Lille, Elise Ovart-Baratte propose un pamphlet oxygénant et qui ne rapportera probablement pas à son auteur les 100 millions d’euros de recettes accumulés par le film au bout de cinq semaines. Les Ch’tis, c’était les clichés publié cet été aux éditions Calmann-Lévy au prix de 11 € ne se félicite pas du succès inattendu du film, bien au contraire. « Ce film joue contre la région et ses habitants, j’explique ici pourquoi » (p.16) écrit l’historienne. Dénonçant la subvention de 600 000 euros accordé au projet par le Conseil régional du Nord Pas de Calais, alors que le film avait déjà reçu 300 000 euros d’avance sur recettes de l’Organisme Régional d’Aide à la Création Cinématographie, l’auteur regrette une communication passéiste, erronée et complexée de la région et de ses habitants. L’objectif est simple : en 126 pages, elle cherche à réduire en miettes les stéréotypes négatifs – se demandant alors si l’idée originale de Danny Boon, « le Zidane du Nord » pour reprendre son expression, l’était vraiment. Elle persiste et pose ouvertement les questions qui dérangent, fustigent les chansons de Pierre Bachelet et Enrico Macias. La stratégie de communication soutenue par les institutions et les politiques locales lui parait incompréhensible. « Ne voient-ils pas à quel point Bienvenue chez les Ch’tis nous montre gros, parlant mal, peu enclins au travail, simplets et alcoolos ? Miroir, miroir, dis mois qui en France, sont les plus laids ? » (p.40). Je laisse ainsi le soin au lecteur de savoir si l’auteur arrive à mettre en valeur les innombrables atouts dont la région dispose et en finir avec l’idée que « chez nous, c’est vrai, c’est pas beau, c’est vrai qu’il fait moche, c’est vrai que c’est une région horrible, mais alors qu’est-ce qu’on est gentils ! » (p.45). A se demander si la stratégie marketing de la région ne devrait pas alors s’inverser … Pour l’heure, le livre devrait satisfaire tous les agacés du phénomène !

Lynda Sifer Rivière, Cermès, Ehess